J’ai commencé la course à pied en compétition il y a bientôt 50 ans
Un demi-siècle que j’ai cette passion chevillée au corps.
C’est à cette époque que la course sur route a vu le jour en France, avec notamment deux épreuves mythiques et emblématiques : les 100km de Millau et Marvejols-Mende. La première, j’ai eu le bonheur de la courir à plusieurs reprises et le privilège de la remporter.
Je vais enfin me donner les moyens de participer à la seconde.
« Participez à la légende  » tel est le slogan de cette course.
J’aime côtoyer la légende…

Le menu est  copieux pour relier les deux villes de Lozère.
5 km de faux plats qui servent d’entrée en matière et de mise en bouche. Ou plutôt de mise en jambe !
Ensuite, on attaque le col de Goudard qui culmine à 1022 mètres d’altitude avec des passages à 15%. La descente amène au pied de la deuxième difficulté : la côte de Chabrits, joli petit village qui surplombe Mende. A nouveau une belle descente pour rejoindre la préfecture et un dernier kilomètre encore en montée jusqu’à la ligne d’arrivée.
C’est du costaud ! Je n’ai jamais vu ça sur une épreuve sur route.

Le parcours (mythique) de Marvejols-Mende

Je n’ai pas préparé cette course car l’objectif du moment est l’Half Ironman de Nice en septembre. J’ai fait un triathlon (transformé en duathlon) la semaine précédente. Donc pas de séances spécifiques avec des côtes/descentes. Je nage (beaucoup car mon niveau est très faible), je pédale (beaucoup car j’aime ça) et bien entendu, je cours. Essentiellement sur des parcours extra-plats car j’adore courir sur la coulée verte à Reims.

J’ai donc décidé de faire une course prudente
Moi qui le suis par nature,  cela signifie que je le serai extrêmement. Je veux prendre du plaisir,  profiter de tout. L’ambiance de la course, la beauté du parcours et des membres de la Team Heubi qui m’accompagnent

Comme toutes les courses mythiques, il règne une ambiance très particulière au départ. « La course d’accord, la fête d’abord ». C’est l’esprit de Spiridon qui prévaut ici.

On me demande à quelle vitesse je pars. Je répète à l’envie : « À la sensation ». A mes sensations. Pas sûr que l’on me croît et pourtant c’est bien ce que je vais faire. C’est ce que je fais toujours depuis bien longtemps. Que ce soit à l’entraînement ou en compétition. Je suis centré sur mon ressenti. C’est mon corps qui me guide pour fixer l’intensité de l’effort.
De plus, je sais, par expérience que 95% de coureurs partent trop vite. Que le risque de se laisser embarquer est grand. Et surtout que mes sensations ne me trompent jamais.

Au signal du départ c’est donc,  comme à l’accoutumée,  une vague de jambes que prennent les participants à leur cou.
Je suis centré sur moi,  connecté à mon corps et aux signaux qu’il m’envoie.
1er kilomètre en 5’10 ». Je suis constamment doublé. 2ème kilomètre en 4’45 ». Parfait ! Je suis dans le rythme. Je suis aussi toujours autant dépassé par les autres concurrents.
Je connais ce scénario par cœur. On me double, on me double. Jusqu’au moment où on ne me double plus.  Puis enfin c’est moi qui double. J’adore rattraper les impatients. J’ai envie de leur dire : « Ce n’est pas la bonne stratégie ». Mais j’ai appris à respecter les choix des autres.

Le long faux plat de 5 kilomètres va inévitablement laisser des traces. Je décide donc d’être vraiment sur la retenue.
On attaque Goudard après un virage à droite avec un joli pont en pierre. Au milieu de la route, une inscription au sol : « Ici commence l’enfer « .


La pente est longue,  sévère parfois très raide avec des passages à 15%.
Je gère en étant mon propre cardiofrequencemètre. Avoir une respiration proche de celle que j’ai sur le plat.
Je rattrape des coureurs. Au début, je trouve amusant de les compter. J’y renonce quand je dépasse la centaine.
Beaucoup sont déjà très essoufflés. Un certain nombre marchent. Je me demande comment cela va être au fur et à mesure des difficultés.
En haut de Goudard, c’est le tour de France. Une foule compacte laisse un petit passage et nous encourage joyeusement.  Quelle ambiance ! La vue en haut du col est magnifique. La récompense…
La descente est violente pour moi. C’est un mur. À tel point que je me demande si ce côté n’est pas plus pentu que l’autre versant. Si ce n’est pas le cas, je comprends mieux pourquoi je courais parfois si lentement dans l’ascension.
Je me fais doubler par de nombreux coureurs. Ils se lancent dans la pente à tombeau ouvert. D’une part, je ne sais pas faire ça et d’autre part ma prudente m’incite à ménager mes cuisses.
Dès que la pente est moins sévère,  je me laisse un peu plus aller.

L’avantage du maillot TeamHeubi , c’est que l’on me reconnaît encore davantage. J’ai l’habitude d’être encouragé par des spectateurs ou par des participants qui m’adressent de sympathiques témoignages. Avec la tenue du club,  j’ai l’impression que c’est plus que d’habitude.
J’adore ces échanges furtifs. C’est sympathique !

À chaque ravitaillement je prends bien soin d’attraper une bouteille d’eau afin de m’asperger les avant-bras, me mouiller la nuque et la casquette, boire quelques gorgées afin de me préserver des effets du soleil et de la chaleur.

Me voilà au pied de Chabrits.  Je suis prêt à  attaquer ce second morceau.
La pente est moins sévère que dans Goudard. Mais les kilomètres accumulés la rendent tout de même difficile.
Je continue de remonter régulièrement d’autres coureurs.
Le passage dans le village est synonyme d’arrivée au sommet.
On voit Mende au loin, quelques kilomètres plus bas.
Deuxième descente très pentue. À ce stade de l’épreuve, plus de raison de se ménager. Je lâche donc les chevaux. Je sens que mes cuisses sont sensibles. Ça va piquer demain !
Je continue de grappiller des places. C’est motivant. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je pratique et je recommande aux sportifs que je conseille cette stratégie. Le fait d’être dans une dynamique positive en fin d’épreuve permet d’aller chercher toutes les ressources nécessaires et ses ultimes forces pour optimiser au mieux son potentiel du moment.

Le dessert de cette course,  c’est le dernier kilomètre en montée.
On peut dire que c’est un dessert car la foule est nombreuse dans toute la ville et les spectateurs nous encouragent avec vigueur.
L’ambiance est vraiment exceptionnelle. On sent que cette ville respire Marvejols-Mende. C’est dans ce coin de France que la course sur route est née. De doux dingues visionnaires avaient décidé que courir pouvait se faire hors des stades, sur les routes. Que cela devait être accessible à tous. Et que ce mouvement était aussi synonyme de fête. Le slogan de l’époque c’était : « la course d’accord, la fête d’abord ». Ainsi depuis 50 ans les habitants sont habitués à venir accueillir les arrivants. C’est un rituel annuel.

Je suis donc heureux de ce retour aux sources de la course à pied hors stade. Aux racines de ce sport. C’est bon de sentir cette ambiance si particulière qui flotte dans l’air. C’est bon de revenir aux origines, de savoir d’où l’on vient,  de ne surtout jamais l’oublier. Et de toujours se remémorer à qui l’on doit tout ce qu’on a.
Ne jamais effacer le passé.
C’est lui qui nous a conduit là où nous sommes.