Record du monde du 100km aux antipodes

J'ai la conviction que dans la vie il n'y a pas de hasard. Celui qui a réuni, le même jour, les 100km les plus opposés qui puissent être ne peut pas en être un. Cet antagonisme à inspiré chez moi ces quelques réflexions ...

Ce weekend il y avait beaucoup d'agitation sur la planète 100 km. Une marque d'équipement sportif américain de plus en plus connue mais pas assez visiblement avait lancé un projet de tentative de record du monde du 100 km. À grand renfort de communication, des athlètes de haut niveau étaient réunis sur un parcours aux États-Unis, à Folsom en Californie, pour faire tomber, non seulement la meilleure marque mondiale mais aussi une barrière aussi mythique que les 2h au marathon, celle des 6h sur 100 km. Ça ne vous rappelle rien ? 😉

Dans le même temps, dans un petit village des Ardennes, des irréductibles gaulois organisaient eux aussi un 100km. A l'opposé du modèle économique américain, sans beaucoup de moyens, sur un parcours où le seul record sera celui du plus grand dénivelé des cent bornes de l'hexagone. C'est courageux. C'est osé. Mais il faut dire que Michael de Polli a été élevé, par son papa au biberon de l'organisation des courses de grand-fond.

Le projet de record aux États-Unis a fait pschitt. Le 100km est une épreuve qui se respecte. Pour la dompter il faut d'abord essayer de la comprendre. L'analyser afin de l'apprivoiser. Mais surtout il faut l'aimer si l'on veut la conquérir. Cette dame ne se laisse pas facilement séduire. Et surtout pas par l'argent, les effets d'annonce et le business.

A Buzancy pas de business. Des gens simples, motivés animés par la passion de la course à pied et du 100km. La pluie, le vent, les conditions météos exceptionnellement mauvaises à cette période de l'année n'ont jamais entamé l'enthousiasme des organisateurs et des bénévoles. J'ai participé au 33km en guise de sortie longue dans le cadre de la préparation aux Comrades. Et je peux vous assurer que j'ai beaucoup d'admiration, de respect pour ceux qui ont fait les 3 tours et même les deux tours d'ailleurs. J'ai retrouvé mes héros de jeunesse lorsque j'ai percuté l'ultra de plein fouet, un jour de juin 1979, à Migennes. Samedi à Buzancy il y a eu beaucoup de records du monde de battus. Chaque coureur est devenu recordman du monde de lui-même.

Epilogue : On a avancé que cette tentative avait eu au moins pour mérite de faire parler et même connaître le 100km. C'est sans doute vrai. Mais tout cela sera oublié à la même vitesse que celle où l'information se diffuse sur les réseaux sociaux et les chaînes d'information en continu. La reconnaissance de cette discipline est une question qui se pose et que je me pose. Entre la médiatisation de Folsom et l'anonymat de Buzancy, quel 100km voulons-nous ? Un autre débat, une autre réflexion s'ouvrent ...