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Championnat du monde des 100km de Torhout 2002
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Départ à 20h02
pour fêter 2002, depuis 1998 (championnat d’Europe) la nuit des Flandres
démarre à cette heure peu commune.
Les préparatifs rituels se sont déroulés comme d’habitude
: défilé des délégations la veille de la course,
reconnaissance du parcours avec le staff le matin, préparation des
ravitaillements l’après midi ; bref, pas le temps de cogiter.
Comme nous sommes logés à l’écart de la ville, les
responsables de l’équipe de France décident de partir tôt
pour rejoindre la zone de départ car un 10 km et un marathon sont
aussi au programme et les organisateurs attendent plus de 4000 participants.
Il faudra tenir compte de cela dans la gestion de la course et plus particulièrement
dans les premiers kilomètres.
J’ai prévu de partir sur un rythme de 4’06"-4’08". Je sais que la
nuit sera un paramètre important à prendre en compte et que
tout risque de se jouer dans les 30 derniers kilomètres.
Dans le sas de départ, je retrouve des coureurs de la course open,
candidat à la sélection et qui ont choisi de calquer leur course
sur la mienne. Ma réputation de prudence et de régularité
inspire certains choix tactiques.
A quelques minutes de l’échéance, comme il est de coutume,
je vais embrasser les filles de l’équipe, donner l’accolade aux garçons.
L’émotion est intense à ce moment. On sait que chaque 100km
est une nouvelle aventure, qu’il y aura des galères et des joies, et
que chacun écrira sa propre histoire.
Dès le coup de pistolet, je m’efforce de me concentrer sur mon rythme
de course. Les coureurs du 10 km et du marathon, sans doute transcendés
par le contexte du championnat du monde et par les spectateurs massés
en nombre au bord du parcours, nous débordent de tous les côtés.
Les kilomètres au sol indiquent que nous sommes à plus de
15km/h, ce sont ceux du marathon et je ne suis pas sûr qu’ils soient
justes, je suis tellement facile….. Je choisis donc de rester à ce
rythme et d’attendre le 5ème kilomètre pour voir. (pour le
100km, les indications kilométriques sont placées tous les
5km)
19’25" : c’était donc vrai, j’ai tout de même un instant de
doute qu’un de mes "accompagnateurs" perçoit bien. Il m’interroge
pour calmer ses propres inquiétudes.
Je lui confirme mes interrogations: « A moins que je ne sois vraiment
trop bien ! » ajoute-je en plaisantant.
Quoi qu’il en soit, je décide de mettre le frein à main et
de me servir des indications kilométriques pour retrouver le rythme
prévu initialement.
20’50" pour le 5000m suivant, les choses rentrent dans l’ordre.
Pourtant, ce 40’15" au 10km inquiète les suiveurs et les coachs postés
au bord de la route, ils ne savent pas comment nous en sommes arrivés
là et c’est vrai que ce temps de passage est celui d’un temps final
proche de 6h40.
Quoi qu’il en soit, il faut rester concentré, penser à boire
régulièrement, prendre ses ravitaillements car au fur et
mesure que les kilomètres vont défiler, ces gestes ne seront
plus aussi simples et naturels à exécuter.
20’37" pour le 3ème 5000m : c’est parfait ! !
Pourtant, au fond de moi demeure une certaine incertitude. Comme d’habitude,
je suis le dernier de la sélection et en plus, il y a 3 français
de la course open, candidat à la sélection, qui me précèdent
largement. J’ai beau être sûr de ma stratégie, il n’est
pas évident de voir les autres s’éloigner comme cela. La sélection
pour les échéances internationales de 2003 va se faire en partie
sur cette course et le déplacement à Taï-Peh inspire tout
le monde. Il n’y aura que 6 places et je suis 11ème.
20’21" pour le 5000m suivant. Réalisé dans la facilité
cette portion supplémentaire doit me donner confiance. Nous arrivons
à deux heures de course et il faut penser aux fondamentaux : prendre
le temps de bien se ravitailler, ne pas hésiter à garder le
bidon pour ingérer la plus grande quantité de glucose et d’eau,
ne pas céder à la tentation de vouloir aller trop vite (pour
boire ou pour courir), oublier le classement et les autres qui filent devant.
Passage au 25ème kilomètre : nous avons fait ¼ de la
course. 20’26" pour cette portion de 5 km, toujours réalisée
dans la facilité. Cela devrait me rassurer, pourtant je sais par
expérience qu’il ne faut pas se réjouir de ces secondes gagnées
sur les temps prévus car bien souvent elles se paient très
cher à la fin.
L’écart avec les autres grandit au fur et à mesure des kilomètres.
Devant, Pascal (Fétizon) est dans le coup aux avants postes. Pascal
(Piveteau), Bruno (Blanchard) et Gilles sont groupés, en attente, c’est
bon signe.
Premier coup de théâtre au environ du 30ème kilomètre
: je rattrape Jean Marie (Géhin) qui marche au bord de la route.
Il est blessé. Une douleur au pied qui s’est réveillée.
Ces moments sont toujours difficiles à vivre. Jean Marie est venu
sur cette course avec des ambitions et je sais qu’à cet instant, il
doit être bien triste et bien seul. C’est aussi un des meilleurs éléments
de l’équipe que nous perdons.
Peu après, j’apprends que Pascal (Fétizon)se plaint de ses
fessiers, voilà qui n’est pas pour me rassurer.
20’32" du 30 au 35ème, c’est bien, il faut continuer ainsi.
Au passage au marathon (2h53), je me rends compte que je n’ai pas vu le
40ème, c’est signe que les kilomètres passent vite.
D’ailleurs, la nuit est tombée et il devient de plus en plus difficile
de garder ses repères et consulter le chrono.
Mais d’autres indices me prouvent que la stratégie choisie commence
à porter ses fruits, car je commence à rattraper des concurrents
d’autres nations qui avaient pris un départ moins prudent. Gagner
des places si tôt est bon signe, car cela prouve que la course est
dure et que de grosses différences vont se faire sur la fin. Mon expérience
des grands championnats (c’est mon 5ème mondial consécutif avec
l’équipe de France) m’est vraiment utile dans de tels moments.
50ème kilomètre : la mi course. 3h25’35". Un dernier 5000
en 20’47", cela signifie que le rythme se maintient, mais attention la course
n’est pas encore commencée. C’est en tout cas ce que je m’efforce de
me dire pour appréhender au mieux le dernier quart ou tout risque de
décider.
Didier Idziak, un des postulants à la sélection qui m’accompagnait
depuis le départ a filé vers l’avant peu après le passage
du marathon, laissant avec moi Jean Jacques Becker ( un autre candidat à
l’équipe de France) qui ne peux le suivre. Ils ne se quittaient pas
depuis le départ et le fait que ce dernier ne l’accompagne pas n’est
pas bon signe pour lui.
Là encore, mon expérience et ma sagesse vont me servir.
Il est tentant de vouloir suivre Didier car j’en ai les moyens et faire
la course à plusieurs est tout de même plus motivant et plus
facile, d’autant qu’avec la nuit, les conditions se durcissent.
De plus, le rythme a légèrement baissé (21’05" du 50
au 55) et c’est sans doute pour cela que la différence s’est fait.
Didier à du vouloir maintenir le tempo.
Pourtant, je sens à ce moment là qu’il ne faut pas y aller.
Tant pis pour le chrono, je suis bien à cette allure et je me dis que
j’ai le temps de voir venir.
Encore un français qui me précède, mais je me dis que
s'il est plus fort, je ne le reverrais pas et il faudra s’incliner. Par contre,
s'il a présumé de ses forces, la fin de course décidera.
Au passage au ravitaillement suivant, je vois Pascal au bord de la route
! ! ! C’est un vrai coup de tonnerre ! ! ! Je ne trouve pas autre chose à
lui dire que : « Bah, t’es là toi ! »
Nous avons perdu notre leader, moi un coureur que j’entraîne et par-dessus
tout un ami. Pascal était en grande forme. Ses derniers chronos (8’24"
au 3000m, 46’24" au 15km) nous avaient mis en confiance, même si cela
nous incitait aussi à la réflexion.
Au regard des concurrents présents, j’avais décidé
qu’il fallait partir sur des bases encore plus prudentes pour assurer le
coup.
Qu’avait-il bien pu se passer ? Il n’a même pas eu le temps de me
dire un mot.
J’ai pleuré à Winschoten en effectuant mon dernier tour (c’est
un 10x10km) alors que j’entendais la radio qui annonçait son arrivée
victorieuse. Moi qui ne suis pourtant pas très expansif dans ce domaine,
le 100km me met toujours les nerfs à fleur de peau et je sens de nouveau
à ce moment une boule qui monte dans ma gorge.
De nouveau plongé dans la nuit et la solitude (les passages au ravitaillement
avec les lumières, le monde et les visages connus du staff de l’équipe
sont des moments que l’on apprécie et qui rompent avec la monotonie
de la course) ces conditions me ramènent bien vite à la réalité
et aux exigences de la compétition.
La course poursuite engagée depuis quelques temps se poursuit et
place après place, je me rapproche insensiblement d’un classement
plus conforme à mes espérances.
Au niveau chronométrique, je ne maîtrise plus rien. Il faut
dire que dans la nuit, c’est déjà un exploit d’apercevoir les
panneaux placés tous les 5km. J’appuie tout de même machinalement
sur la montre. On fera l’analyse après la course.
Vers le 55ème kilomètre, je commence à en avoir assez
des ravitaillements et du goût sucré. Au lieu de m’obliger,
comme je le fais habituellement à prendre coûte que coûte
les bidons et leur contenu glucosé, je décide de soulager mon
estomac en lui imposant une pause et en privilégiant l’eau plate accompagnée
de quelques petites gorgées de boissons énergétiques.
Tant pis si je dois ralentir, mais je ne peux et ne veux pas m’imposer cette
épreuve supplémentaire.
Au loin, je distingue devant moi la silhouette de Nicolas (Boisselier).Il
avait décidé avant la course de faire route avec moi,
mais le coup de frein du deuxième 5000m nous avait très tôt
séparé car il avait choisi de rester sur le même rythme.
Je remonte très vite sur lui, il doit avoir des problèmes.
En effet, il souffre de points de côtés qui l’empêchent
de courir normalement. Je l’encourage à me suivre. A deux, alors
qu’il reste encore près de 35km, on pourra s’entraider et se serrer
les coudes. Je décide donc de mener un tempo pas trop rapide qui puisse
lui permettre de s’accrocher tout en maintenant un rythme convenable.
21’50" pour ce 5000m qui sera mon plus lent de la course, ça ne suffit
pas pour que Nicolas récupère et il doit s’arrêter au
ravitaillement.
Entre temps, un nouveau coup dur a frappé l’équipe. Gilles
(Diehl) a du abandonner, lui aussi, en raison d’un problème de sciatique
qui s’est réveillé après toutes ces heures d’effort.
Le voir ainsi marcher, tordu par la douleur me rappelle que décidément,
cette course est terriblement exigeante et ne pardonne rien.
Ils ne sont désormais plus que trois, c’est à dire le minimum
pour que l’équipe soit classée.
J’encourage Nicolas à s’accrocher en le motivant avec cette nouvelle
donne.
Le fait de me retrouver de nouveau seul, m’a fait retrouver un rythme plus
élevé (20’50") et la remontée se poursuit. Je me sens
bien et petit à petit, l’idée que c’est peut être MON
JOUR germe dans mon esprit.
Je m’oblige à ne pas céder à l’euphorie. Il y a autour
de moi trop de dégâts pour que je puisse me croire à l’abri.
Je m’astreins donc à me fixer des objectifs à court terme
: " atteindre le 70ème, le 75ème ". Mais à
peine ces tâches réussies, resurgit à chaque fois le
spectre de l’échec : « mais il en reste encore 30, 25 ».
Difficile de positiver complètement.
Heureusement, ma lente mais régulière remontée au classement
général me donne le moral. Je rattrape désormais des
athlètes qui étaient partis dans le groupe de tête, notamment
Yannis Kouros, le recordman du monde des 24 heures que je félicite,
en le doublant, pour sa performance des 48 heures de Surgères.
Les sensations sont toujours bonnes, j’ai même l’impression que je
pourrais aller plus vite !
Pas question de tester et je m’efforce de maintenir le même rythme,
d’autant que j’aperçois devant Bruno (Blanchard). Il me fait part
d’un problème d’hypoglycémie et ne peut répondre à
mon invitation à le suivre. Je suis d’autant plus surpris que j’avais
misé sur lui pour cette course. Il me semblait en grande forme, j’avais
partagé quelques-uns uns de ses entraînements en stage et il
donnait l’impression d’être vraiment bien. En plus, Bruno est entraîneur
niveau 4 course hors stade et il sait se préparer. Une fois encore,
avec cette course rien n’est jamais acquis.
D’autant qu’il m’informe que Pascal (Piveteau) est juste devant, accompagné
de Denis Gack.
Denis ! ! ! Je n’arrive pas à y croire ! A 43 ans, après plus
de 20 ans au plus haut niveau sur 100km, comment fait-il pour garder
la motivation et la forme physique et se retrouver là après
plusieurs années difficiles ? (il a quitté l’équipe
de France en 1999 et n’a pas réalisé de chronos significatifs
depuis lors).
Lorsque je suis arrivé en sélection, ces coureurs ( Gack,
Curton, Villemenot) étaient des modèles pour moi et les côtoyer
était pour moi une grande fierté.
Le retour de Denis me fait un plaisir immense, car sur le plan humain c’est
une personne que je respecte et que j’apprécie.
Comme pour les autres, j’invite Pascal à emboîter ma foulée.
Il hésite. Me demande combien il reste à parcourir (environ
13km à cet instant). Il est vrai qu’à ce moment de la course,
chaque pas, chaque mètre à effectuer nécessite un effort
important. Quel contraste avec le début de course où tout est
si facile !
J’ai peur de le "mettre dans le rouge" car je sens qu’il est capable de
faire l’effort. Pascal est quelqu’un dont le courage sur la route n’est plus
à prouver. Nous décidons donc, d'un commun accord, de continuer
chacun à notre rythme. « Vas-y ! » me dit-il, «
c’est TA course ».
Voilà qui traduit bien l’état d’esprit de Pascal et de l’équipe.
Premier français ! Je suis alors premier français, et pourtant
mon temps ne sera pas comptabilisé pour le classement par équipes.
En effet, je ne suis pas dans les 6 (les trois meilleurs sont pris en compte
pour le classement par nations). Je n’en connais pas les raisons exactes,
mais sans doute mon manque de "générosité" à l’entraînement
pendant le stage a t’il joué en ma défaveur. Je ne suis pas
un stakhanoviste et je n’ai pas dû beaucoup impressionner, à
côté des autres qui ont enchaîné les sorties longues
à des vitesses bien plus rapides que les miennes.
Pourtant, je savais, moi, que je n’étais pas trop mal. Quelques indices
m’incitaient à la confiance même s'il n’est jamais facile de
prévoir, en fonction de l’entraînement, comment on sera en compétition
sur ……100km.
C’est pour cela que j’ai accepté ce choix des sélectionneurs.
Je sais trop à quel point c’est difficile. Ils ont pris cette décision
dans l’intérêt de l’équipe et je n’avais sans doute
pas donné de signes fiables et convaincants pour qu’ils me choisissent.
Au passage au ravitaillement, il y a justement Jean Jacques Rénier,
le responsable du hors stade à la fédération et Bernard
Pelletier qui lui s’occupe de l’ultra. Ils m’informent de ma position dans
la course (13ème) et me lancent un dernier encouragement.
90ème kilomètre : je me dis souvent lorsque j’en suis au 60
ou 70ème qu’au 90ème ce sera fini, facile. 10km à finir
: une formalité ! Et quand on y est, c’est différent. Je me
dis : « ENCORE 10 » décidément, il faudra que j’apprenne
à penser positif.
Pourtant, je devrais, car j’ai la chance d’avoir au bord de la route près
de moi toutes les personnes qui me sont chères :
Patricia, mon épouse, sur laquelle je peux m’appuyer tout au long
de l’année. C’est peut être un lieu commun de dire cela, mais
on n'imagine pas à quel point il est important de sentir au quotidien
ce soutien indispensable.
Elle est là, aujourd’hui, au bord de la route, comme à toutes
mes compétitions. Elle n’a manqué (à part le Japon) aucune
de mes courses en sélection. Les membres de l’équipe de France
peuvent en témoigner, j’ai toujours bénéficié
d’un soutien indéfectible.
Et puis, il y a aussi Simon, mon grand garçon. Lui aussi, toujours
présent (super, à chaque fois on loupe des jours d’école
!). Le sentir vibrer et partager mes émotions me donne de la force
et du courage supplémentaire. Même s'il n’est pas question
de vouloir jouer les modèles, je pense que c’est tout de même
mieux pour un enfant de voir son père ainsi.
A ce propos, si mes parents n’ont pas pu venir cette fois, j’ai toujours
pu compter également sur leur inconditionnel soutien.
Enfin, il y a les amis, Annick et Daniel qui ont tant partagé avec
nous depuis toutes ces années.
Une silhouette se détache devant moi dans le noir. Avec les doublés,
ce n’est pas facile de savoir si c’est un coureur qui me précède
au classement général, mais son allure semble l’indiquer.
Je reviens petit à petit sur lui. C’est un russe, je reconnais la
tenue. Depuis que je connais Elena, la charmante femme de Pascal (Fétizon)
je vois ces coureurs sous un angle différent, moins critique que
je n’ai pu l’être à un moment.
J’essaie de le passer pour prendre un relais, en me disant que cette présence
me rendra les derniers kilomètres moins pénibles. Il me plante
là, dès que j’arrive à sa hauteur ! !
Décidément, ces gars sont des guerriers, j’avoue que pour
ma part, je ne suis pas prêt à mourir sur la route pour gagner
une place et c’est sans doute pourquoi il faut respecter ces gars qui n’ont
pour la plupart pas d’autres alternatives.
En plus, je l’ai reconnu, c’est un bon et je suis plus admiratif que conquérant
à cet instant de la course. Il a le dessus psychologiquement sur moi.
« Et puis…….11 ou 12, qu’est que ça change ?» me dis-je
en mon for intérieur pour me donner une raison supplémentaire
de ne pas me défoncer, comme lui semble le faire.
Pourtant, mètre après mètre, je reviens petit à
petit sur lui. Il se retourne, il est inquiet visiblement. J’arrive enfin
à sa hauteur et pan ! ! ! Il remet ça !
Ce scénario va se reproduire plusieurs fois. A chacun de mes retours,
il repart de plus belle !
Mais, à la différence des premières fois, la confiance
gagne petit à petit mon camp et sur un de mes énièmes
retours, je suis prêt à le planter là direct. Il faut
dire qu’après l’avoir encouragé, la première fois en
le rattrapant (Elena m’a appris quelques rudiments de sa langue natale) j’ai
essayé de lui faire comprendre que je voulais finir avec lui. Main
dans la main avec un russe : joli symbole de la fraternité des cent
bornards ?
Le bougre ne veut rien savoir et me bloque le passage à chacune de
mes tentatives.
Je décide donc de ne plus rien tenter, car même si je suis
capable, moi aussi, de lui "mettre une mine", je m’imagine trop l’effort
qu’il faudra que je fasse pour le maintenir à distance.
Et cela, physiquement, j’en suis peut être capable mais mentalement,
à cet instant de la course, certainement pas.
Comme nous n’avons aucune indication kilométrique, je calcule par
rapport à mon dernier temps intermédiaire la distance probable
qu’il nous reste à parcourir.
Enfin, je crois reconnaître le centre ville. Nous arrivons. Je me
cale derrière lui. Il a cessé ses accélérations.
J’aperçois au loin l’arche d’arrivée.
Sans plus attendre, je lui place, à mon tour un démarrage
plein de conviction et je termine au sprint jusqu’à la ligne d’arrivée
!
A Torhout, juste après celle ci, il y a une passerelle en bois qui
monte vers une espèce de car podium. Le speaker y est placé
et commente les arrivées. Emporté par mon élan, je
continue en marchant jusqu’à l’extrémité, secoué
par la violence de l’effort que je viens d’accomplir. Je me retrouve seul
sur l’espèce de podium et je m’assieds sur une enceinte pour récupérer
un peu.
Ces quelques instants de solitudes ne durent pas car bien vite me rejoignent
tous ceux qui comptent pour moi.
Embrassades, effusions, congratulations, je savoure ces moments d’intenses
émotions. Le 100km me mets toujours les nerfs à fleur de peau,
quel qu’en soit le résultat.
A Winschoten, en 2001, j’ai craqué dans les bras de mon fils alors
que ma performance n’avait pas été bonne.
Là, à cet instant, même si je ne réalise pas
tout à fait, un sentiment de plénitude m’envahit.
L’issue d’un 100km est imprévisible.
C’est toujours une aventure, une sorte d'histoire.
Et celle ci se termine bien.
mes temps de passage ( par 5, 10, 20, 25 et 50km)