St Fons 2005 : un 1er 24h au-delà de mes espérances
CR de Fabien Hobléa (fab)
J'avais décidé de faire de ma
première expérience sur 24 h, un défi assez ambitieux : non pas en raison
de l'objectif kilométrique (je m'étais fixé un minimum de 200 km, ce qui
semblait raisonnable au vu de mon chrono – 8h11mn - sur mon 1er 100 km un
mois plus tôt), mais parce que je voulais voir s'il était possible de concilier
deux choses apparemment incompatibles : transformer son corps en "machine
à courir" tout en gardant l'esprit zen et surtout ouvert un minimum sur l'extérieur
de manière à profiter aussi du contact avec les autres coureurs, accompagnateurs
et organisateurs.
Pour y parvenir, j'ai commencé par une préparation spécifiquement orientée
vers ce type de course, petite révolution pour le traileur que je suis :
j'ai repris l'entraînement, après 3 mois d'arrêt sur blessure, début janvier,
par de la PPG, des séances de vitesse et les cross fédéraux. En février,
j'allonge les sorties, notamment avec les 6h off de la Marmotte à Chambéry,
dont la météo déplorable s'avèrera un excellent entraînement pour résister
à celle de St Fons 2005. Fin février/début mars, vitesse spécifique 100 km
puis 100 km de St Nazaire les Eymes, qui se passent bien malgré beaucoup
de temps "perdu" en arrêts ravito et pipi : environ 30 mn, c'est trop. Sur
un 24 h, il faudra que je m'y prenne autrement. Je prends conseil sur le
site et le forum de Bruno Heubi. Les réponses sont nombreuses et avisées
(merci à tous ceux qui m'ont répondu !) et me permettent de me faire ma propre
opinion. L'idée germe alors de la "machine à courir" : ne pas s'arrêter en
dehors des inévitables arrêts pipi. Beaucoup me conseillent la méthode Cyrano
(alternances régulières course/brèves période marchées) pour y parvenir,
mais j'ai horreur de marcher en course (même en trail) et je décide de ne
pas l'appliquer sauf en cas d'extrême nécessité (même si elle n'est pas faite
pour cela et porte ses fruits si elle est appliquée dès le début). Fin mars-début
avril, travail de la vitesse spécifique 24 h sur des séances de 2h à 4h +
un test en "grand" entre Grenoble et Chambéry pour Franchir, très profitable.
Je cherche une vitesse où je suis bien et c'est 5'30 / km (près de 11 km/h)
qui semble me convenir. Ce sera ma vitesse de démarrage à tenir durant le
premier tiers des 24 h, puis je compte faire le second tiers en diminuant
progressivement la vitesse, avec une résultante autour de 9 de moyenne de
manière à obtenir une moyenne de 10 km/h au bout de 16 h de course, et finir
le dernier tiers comme je pourrai, c'est l'inconnu total... Durant mes séances
à vitesse spécifique, réalisées souvent sur piste au stade, j'ai introduit
tous les 10 km un 1000 m en 3'20" pour me mettre en état de fatigue musculaire
avant de reprendre le rythme à vitesse spécifique pour à nouveau 10 km. De
plus, pour me préparer à rester actif toute la nuit, j'ai programmé le week-end
précédent la course une grosse et dure sortie spéléo (14 h à patauger dans
de l'eau à 6°C) qui a largement débordé sur la nuit. Enfin, j'ai décidé de
ne pas faire de régime alimentaire spécial (genre RDS comme je le fais sur
trail) la semaine avant la course, faisant simplement attention à ne pas
trop manger de "salo...ries" , mais craquant la veille de la course (le vendredi
midi) sur une dégustation de Côtes du Rhônes (Gigondas, Cornas, Côtes Rôties...
excusez du peu) organisée au boulot, accompagnées de caillettes, jambonnette
et saucisson ardéchois. Je suis aussi au milieu d'une cure d'Isoxan Endurance.
J'arrive le jour de la course sans bobo, en ayant fait du jus toute la semaine,
et en ayant dégrisé de la veille, donc tout ce présente bien, si ce n'est
la météo, mais elle est la même pour tous. En revanche, je pense que tout
le monde n'est pas préparé de la même façon à surmonter de telles conditions
et j'avais sans doute un avantage sur ce point, en tant que trailer ayant
vécu l'UTMB 2003, mais aussi en tant que géographe et spéléologue ayant l'expérience
d'expéditions dans les endroits les plus humides et ventés de la planète
(genre Patagonie chilienne).
Le samedi matin, je me réveille en me disant que c'est un bon jour pour courir.
Je veux positiver de bout en bout. Ce 1er 24h, tout comme le 100 km à St Nazaire,
je l'attends depuis un an et je voulais que ce soit St Fons. Nous y sommes
donc : je dis "nous" car je suis accompagné de mon père, déjà efficace à
St Nazaire sur son vélo, avec aujourd'hui le renfort de ma mère pour se relayer
durant 24 h non-stop au chevet du rejeton. Cette assistance est une pièce
maîtresse dans ma stratégie de
course : le corps, machine à
courir donc, aura besoin de ravitaillement à la volée, sans arrêt au stand,
tandis que l'esprit, toujours en éveil, aura besoin en permanence d'encouragements
et de stimulation. Ils seront parfaits sur tous ces points et c'est avant
tout à eux que je dois ma réussite sur cette course.
L'immédiat avant-course est beaucoup moins stressant sur ce type d'épreuve
que le départ d'un semi ! La rencontre avec les coureurs et accompagnateurs
présents, l'ambiance quasi magique qui met immédiatement à l'aise, zen, grâce
à un accueil lui aussi parfait et réglé dans les moindres détails pour satisfaire
les coureurs. Je ne connais pas les éditions précédentes, mais j'ai trouvé
cette formule gymnase + nouveau parcours extrêmement satisfaisante : à refaire
!
Le départ donné, tout se déroule comme dans un rêve, je sens immédiatement
que je suis bien, dans un bon jour. J'évite de partir en tête, de toutes
façons ça part trop vite, comme d'hab : je suis dans les 10 en 5'20 au kilo
! Fredou (Frédéric Whecler) se retrouve à mes côtés et on fait les premiers
km ensemble, il sait qu'il est trop vite, mais il se fait plaisir. On discute
de son incroyable épopée Lyon-Turin et ce qu'il a vécu et raconte permet
de relativiser les agressions météorologiques qui se révèlent gênantes dès
les premiers tours : la pluie, la froidure et le vent qui se lève et ne cessera
de se renforcer pour atteindre des rafales à 70 / 100 km/h. Je fais face
dans la grande ligne droite ouest, orientée plein vent, veillant à continuer
de courir dans cette turbine : ce sera mon test : tant que je pourrai courir
sur ce tronçon, je serai encore dans le coup.
Sinon, tout se passe comme prévu : j'enchaîne les tours sans m'arrêter aux
stands, je ne lorgnerai jamais vers ce havre de paix et de chaleur qu'est
le gymnase, sachant trop quel piège il peut devenir. A chaque passage, je
regarde à gauche, du côté du chrono, guettant les encouragements du staff.
La "machine à courir" fonctionne donc bien, entretenue et alimentée par mes
parents : j'ai aussi décidé comme stratégie de course, non seulement de m'arrêter
et de marcher le moins possible, mais aussi de m'alimenter le plus "normalement"
possible, c'est à dire en faisant de vrais repas aux heures habituelles des
repas (soupe, bol de pâtes, steak haché, banane, le tout en courant, il faut
4 tours pour le repas !), entrecoupés d'en cas solides espacés, et agrémentés
de prises de liquides plus rapprochées, en alternant isostar, eau minérale
plate, eau minérale gazeuse, carbo-load toutes les 6 h, thé sucré la nuit.
A intervalles réguliers, j'absorbe également en alternance des granules d'arnica,
de la sporténine et un cachet de viva-mag (magnésium et sels minéraux anti-crampes).
Cette stratégie d'alimentation fonctionne bien pendant les deux premiers
tiers de course, puis le dernier tiers, plus laborieux, me voit contraint
de repartir sur des prises fréquentes de ravitaillement glucidique quasiment
à chaque tour (n'est-ce pas Koline ?) : ah les pâtes de fruit de St Fons,
je leur dois une fière chandelle : qu'est-ce qu'elles passaient bien ! Si
je ne m'en suis pas enfilé 30 sur ce 24 h). Du coup les arrêts pipi/étirements
se font aussi plus fréquents et la moyenne chute sensiblement.
Si la machine ronronne avec plaisir la majorité de la course, c'est aussi
parce que j'arrive à rester l'esprit serein et ouvert, concentré mais pas
refermé ni enfermé dans une quelconque douleur à évacuer. Certes, j'ai de
temps en temps le tibia gauche qui me lance, le genou droit qui est traversé
par une aiguille à tricoter, une ampoule que je sens éclater sous le pied
droit (j'ai protégé le gauche avec du sparadrap, pas le droit pour voir la
différence : j'ai vu...), mais rien de persistant ni d'inquiétant.
Je peux donc aussi profiter un minimum de l'ambiance de la course, observer
les uns et les autres, malheureusement pas tous, pas tout le temps, de moins
en moins vers la fin : des scènes hallucinantes s'impriment à la volée dans
ma mémoire : la piste balayée et essorée en permanence par les organisateurs
quan il pleut ! Le shadock (Hervé Bec) volant dans la ligne droite vent dans
le dos : pas une fois, mais à chaque tour : le shadock a fait un 24 h en
fractionné, si si je n'ai pas rêvé, d'autres l'ont vu aussi. J'ai bien essayé
de copier, mais sans succès... Pas évident ! Et Bibi (Brigitte Bec) qui nous
donne en direct-live un TP de coaching incroyable. Bibi/Shadock, Shadock/Bibi,
ça fait des bulles !
Je ne peux citer toutes les personnes qui n'ont pas arrêté de nous encourager
sur le bord de la piste, tous les coureurs qui m'ont toujours soutenu : "allez
fab", un pouce levé (la grande sportivité d'Yves Chomont, pas dans un grand
jour lui hélas, mais toujours élégant en course), Corinne Peirano et son
sourire radieux, qui me fait prendre conscience de "tout ce pouvoir d'être",
les