Défi de la Baie James, 21-28 juillet 2002, Québec
621 km en course à pied en solo

- Claude Hardel -

Depuis deux ans, la Route de la Baie James occupait une partie de mon esprit, en fait depuis que je m’étais fixé comme objectif de la parcourir en course à pied, dans le cadre d’un raid solo en autonomie maximum. J’avais intitulé ce projet « Défi de la Baie James », car il s’agissait avant tout d’un défi personnel. Par autonomie maximum, il faut comprendre que le coureur porte dans un sac à dos l’équipement nécessaire à la course et aux bivouacs (tente, duvet, mini-popote, …), l’alimentation pour plusieurs jours (barres et déshydratés), et se débrouille seul pour s’approvisionner en eau et soigner ses petits bobos. Pour le Défi de la Baie James, après une sélection rigoureuse des différents équipements, mon sac à dos pesait entre 10 et 11 kg (avec deux litres d’eau et quatre jours de ravitaillement).

La Route de la Baie James est une route isolée qui dessert les grands barrages hydroélectriques du nord de la Baie James, au Québec. Elle traverse la Municipalité de la Baie James (MBJ) du sud au nord. Avec ses 350 000 km2, soit près des 2/3 de la superficie de la France, la MBJ est incontestablement la plus grande municipalité au monde. Pourtant, elle ne compte qu’environ 40 000 habitants, dont un tiers d’autochtones, principalement des indiens Cris, et deux tiers de Jamésiens. Le point de départ de la route, symbolisé par la borne kilométrique 0, se trouve à Matagami, petite ville de 2300 habitants à vocation minière et forestière située un peu au sud du 50ème parallèle. Le point d’arrivée est à Radisson, village de 350 habitants permanents auxquels s’ajoutent les personnels en rotation d’Hydro-Québec, situé un peu au sud du 54ème parallèle, 621 km plus loin. Entre ces deux localités, la route ne traverse aucune ville ou village, les villages autochtones les plus proches étant situés à une centaine de kilomètres. La seule exception notable est le relais routier du km 381, avec station essence, cafétéria et chambres. Depuis cette année, les dortoirs des locaux techniques du km 257 sont également ouverts au public, mais il n’y a pas d’assurance de pouvoir s’y restaurer. Du sud au nord de la Route de la Baie James, la forêt boréale cède petit à petit la place à la taïga.

Avant mon départ, j’avais eu l’occasion de contacter la Municipalité de la Baie James, qui m’avait assuré de son soutien. Les incendies qui ont ravagé le nord du Québec pendant la première quinzaine de juillet m’ont ensuite fait douter de la possibilité de mener à bien mon projet cette année. La route, fermée pendant dix jours, fut rouverte trois jours seulement avant mon envol pour Montréal, que je ne pouvais plus différer. A mon arrivée à Matagami le 19 juillet, Gilbert Côté, responsable des opérations en tourisme, m’a confirmé l’assistance de la MBJ, notamment pour assurer le transport de mon sac de voyage entre le départ et l’arrivée, avec deux déposes intermédiaires aux km 257 et 381. Ceci m’a permis de ne pas emporter toutes les rations alimentaires dès le départ, mais de les répartir en trois. Il a souhaité également que je l’informe de ma progression en appelant le Centre d’information touristique du km 6 depuis chacune des six cabines téléphoniques SOS réparties le long de la route.

Le problème posé par l’alimentation n’est pas tant celui du poids, même s’il faut compter entre 550g et 650g par jour, que celui du volume, les plus gros sacs à dos de course taillant environ 30 litres. En autonomie complète, il m’aurait fallu emporter près de 5 kg d’alimentation pour être cohérent avec le délai maximum de 9 jours que je m’étais fixé. Avec les déposes intermédiaires organisées par la MBJ, j’ai pu me contenter de 4 jours maximum d’autonomie, incluant une journée de sécurité. Mais la question n’est pas tranchée car j’aimerais bien pouvoir arriver à une semaine d’autonomie complète : les régions du monde qui m’attirent pour ce genre de défis sont pour la plupart presque inhabitées, les points de ravitaillement y sont donc rares, et une assistance aussi efficace que celle de la MBJ ne sera pas toujours disponible.

La course s’est donc déroulée en trois « étapes », effectuées en huit jours.

1ère   étape : Matagami – Halte de la rivière Rupert – 257 km

2ème étape : Relais routier du km 381 – 124 km

3ème étape : Radisson – 240 km

 
Date
Départ
Heure
Arrivée
Temps *
Distance
Dimanche 21/07
Km 0
6h50
Km 102
13h02
102
Lundi 22/07
Km 102
7h50
Km 172
10h21
70
Mardi 23/07
Km 172
8h07
Km 257
11h08
85
Mercredi 24/07
Km 257
8h10
Km 337
10h48
80
Jeudi 25/07
Km 337
7h55
Km 381
5h42
44
Vendredi 26/07
Km 381
6h25
Km 464
11h12
83
Samedi 27/07
Km 464
8h00
Km 541
9h55
77
Dimanche 28/07
Km 541
7h00
Km 621
10h11
80
Total
 
 
 
7j 10h 21mn
621

* incluant les temps de ravitaillement en eau et les arrêts divers dans la journée.

D’après la MBJ, il s’agissait d’une première. Pour ma part, je voulais expérimenter en vraie grandeur ce concept de course à pied sur longues distances en autonomie, après une répétition effectuée au printemps dernier en Normandie entre le Mont-Saint-Michel et le Cap de La Hague (211 km en 3 jours, avec le même équipement). Je ne rejette en aucune façon les courses plus classiques, et je participe d’ailleurs à nombre d’entre elles chaque année. Mais j’aime bien varier les plaisirs. J’aime bien également l’idée que la course à pied puisse constituer un moyen de locomotion en tant que tel pour des voyages hors du commun, sans ravitaillement assuré tous les 5 km, ni accompagnateur motorisé accroché à vos baskets, ou sponsor accroché à votre maillot 

La Route de la Baie James permettait d’effectuer ce test en vraie grandeur dans de bonnes conditions de sécurité (deux ou trois véhicules par heure dans la journée), et avec de l’eau disponible presque à volonté. Mais il restait aussi à vérifier ma capacité à enchaîner de longues journées de course dans un paysage non dénué de monotonie. Dans les faits, après une première journée conforme à mes objectifs initiaux (environ 100 km par jour), la deuxième journée fut particulièrement difficile et m’a obligé à revoir ces objectifs à la baisse. Après quoi, j’ai pu enchaîner des étapes d’environ 80 km par jour, sauf le jour où je me suis octroyé une demi-journée de repos au relais routier du km 381. J’ai eu la quasi-certitude d’arriver au bout de mon Défi à la fin du troisième jour. Pour augmenter la moyenne journalière (ailleurs !), il me faudra désormais essayer de réduire encore le poids du sac à dos, ce qui ne sera pas facile. Il y aurait aussi la possibilité d’utiliser une partie des nuits, mais je n’ai pas eu le cœur de m’y résoudre dans le cadre de ces vacances au Québec

La météo n’a pas eu beaucoup d’influence sur ce Défi. Grosso modo, il a plu un tiers du temps, fait chaud un autre tiers, et ni l’un ni l’autre un dernier tiers. Les températures ont varié de 1°C à 15°C la nuit, de moins de 10°C à 25°C à l’ombre le jour, mais largement plus sur la route, où il n’y a jamais d’ombre. Le vent était le plus souvent sans incidence, plutôt défavorable le deuxième jour, plutôt favorable un des derniers jours. Bref, rien de spécial pour un habitué des ultra-marathons, qui fait avec la météo qui se présente

Les animaux également ont peu interféré avec le projet. Je n’ai vu ni ours ni loup, une fois seulement un orignal. Le plus gros danger pour les long-coureurs de la Baie James reste assurément les moustiques, et plus spécialement les petites mouches, qui savent profiter de la moindre pause pour prélever leur tribut de sang si vous oubliez de vous en protéger.

Chaque jour, j’ai reçu des encouragements de la part de quelques uns des touristes, routiers, pêcheurs, autochtones, etc. qui empruntent la route, de plus en plus au fur et à mesure de ma progression. Surtout, l’accueil à Radisson et à Matagami au retour fut extrêmement chaleureux, et je ne saurais trop recommander à tous de visiter cette région, quel que soit le mode de locomotion envisagé ! Pour information, la route a déjà été effectuée en vélo, en roller et en motoneige, mais pas encore en tondeuse à gazon …

  
Je suis à la disposition de tous pour de plus amples informations,

Claude.Hardel@infonie.fr

(pour info : 8h07 sur 100 km - 139,5 km sur 12h - 220,66 km sur 24h)

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