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L'UTMB 2006 de Lionel Planes (Yoyo) |
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Champignons,
cailloux et petites foulées !!!
Chamonix
– Les Houches : « ça roule » /
Temps partiel réalisé : 0h48 (prévu : 0h50 ) / temps
total : 0h48 (prévu : 0h50)
C’est
parti. Bien moins placé sur la ligne qu’en 2005, je suis malgré tout bien
décidé à ne pas me laisser enfermer et à tirer un peu sur les jambes jusqu’aux
Houches où, une fois placé, il sera temps de retrouver le rythme UTMB qui va
bien. Je me faufile entre les haies de spectateurs et mes collègues coureurs et
j’attaque le chemin en bord de rivière avec le palpitant bien énervé. Bizarre
…je ne reconnais pas ce chemin !!!! Michel m’avouera plus tard qu’il a été
transformé en piste cyclable. Effectivement, c’est beaucoup plus roulant cette
année et sauf un ou deux passages marchés, c’est à plus de 10 Km/h que je
retrouve le goudron à l’entrée des Houches. Devant, un petit bout de féminine
entouré d’un groupe compact de garçons. C’est bien elle…Karine Herry. J’hésite
un instant à l’aborder pour lui demander son tableau de marche, ses prévisions
mais, éternel timide, je me contente de la voir s’éloigner après son
ravitaillement express auprès de son mari. Pour ma part, il est temps du
premier arrêt, nécessaire pour remplir mon unique bidon de 500 ml. Le second
est dans le filet du sac et ne devrait servir qu’à quelques rares occasions,
quand l’espace entre deux ravitaillements se ferra trop long. A ce petit jeu,
j’espère donc gagner en légèreté mais il n’est pas question d’en rater un seul.
Les
Houches – Col de Voza :
« Incroyable » / Temps partiel réalisé : 0h48
(prévu : 1h05 ) / temps total : 1h36 (prévu : 1h55)
Une
petite frayeur en ayant cru perdre le bouchon de mon bidon dans la
précipitation et ça repart. Le palpitant toujours aussi haut, il est temps de
se mettre en mode marche dès les premières rampes. La bonne nouvelle du jour
vient de mon moral. Habitué des « coups de calgon » dans les
premières heures de course, avec d’irrépressibles envies de rentrer chez moi,
au coin du feu à manger une bonne fondue, je n’ai cette année aucune pensée
négative. Tout va bien (en fait, le cafard, je l’ai eu 3h avant le départ où la
séparation avec la famille a été un déchirement). Premier et unique replat de
ce col de Voza. Pas d’affolement. Je marche. Val, compagnon de Fortich’OFF en
profite pour me rejoindre. Je lui dirais bien de rester là calmement avec moi.
Je n’en fais rien ….j’ai bien fait ….il me prendra 20’ jusqu’aux contamines
(J’apprendrais plus tard que nous avons fait une course quasi similaire des
contamines à Trient, lui 20’ devant moi, avant que je ne le rejoigne et que
nous finissions ensemble). Val s’envole donc et je commence à regarder avec
insistance mon altimètre / chrono. Incroyable. Je suis presque en haut du col
et j’ai une avance indécente sur mes meilleures prévisions. Prés de 19’. On
m’annonce 300ème non loin du sommet alors que j’ai pointé 500ème
aux Contamines en 2005. Incroyable. C’est ça de pris et nul doute que ce petit
capital temps facilement gagné me servira pour la suite de la nuit.
Col
de Voza – Les Contamines : « Les Fortich’eurs » /
Temps partiel réalisé : 1h26 (prévu : 1h27 ) / temps
total : 3h02 (prévu 3h22)
Récompense
de ce départ rapide, j’aborde de jour les principales pentes descendantes après
le col de Voza. Un vrai confort et je vois avec surprise arriver un autre
« Forticheur », Stéphane Couleaud. Gonflé à bloc, il a l’air le plus
heureux des hommes et je le laisse s’éloigner sur un terrain qu’il a l’air de
plus apprécier que moi. J’attends patiemment les choses sérieuses, les grands
cols qui s’annoncent pour trouver un terrain plus propice. Dans la série
« Forticheur », le troisième et dernier de la série sera Eric
Bonotte. Parti prudemment avec son attelle au bras, je n’ai guère espoir de le
revoir plus tard et prends bien soin de lui souhaiter bonne route …. Je ne l’ai
pas revu depuis !!!!!! (16ème en 24h28). La nuit nous enveloppe
et les discussions s’installent dans les gentilles montagnes russes qui
précédent les Contamines. Le mono trace avant le ravitaillement est l’occasion
de sentir poindre une première crampe et je débouche aux Contamines …L’ambiance
est délirante, « staracadémique »..
Les
Contamines – Notre Dame de la Gorge : « je m’interroge » /
Temps partiel réalisé : 0h31 (prévu : 0h30 ) / temps
total : 3h33 (prévu 3h52)
Je
retrouve avec plaisir le chemin en bord de rivière, éviter en 2005 pour cause
d’éboulement. Les sensations ne sont pas là sur ce secteur même si je me
surprends à trottiner sans effort là où mes compagnons de route alterne course
et marche. Ce sera d’ailleurs le cas toute la course : j’aurais beaucoup
plus de facilité à courir non-stop là où j’étais un adepte du Cyrano improvisé.
Sur cette portion, je cogite pas mal et m’interroge souvent sur ces 20’
« gagner » jusqu’à Voza alors que depuis, sans rien changer, je me
recale dans mes temps de référence, sans rien gagner. Etonnant.
Notre
Dame de la Gorge – La Balme : « 250 ….220 »
/ Temps partiel réalisé : 0h44 (prévu : 0h47) / temps
total : 4h17 (prévu : 4h39)
Pour
moi, la vraie course démarre ici. C’est parti. On m’annonce 250ème
au pied du col du Bonhomme. Je cherche le rythme qui me va bien, sans chercher
à trop en faire. Peu à peu, je reprends quelques coureurs. Je m’amuse à
décompter les places : 249…246…242. Tout va bien mais il n’est plus
question, comme en 2005, de reprendre des coureurs par dizaine. Les coureurs
qui m’entourent sont proches de mon niveau et finalement, ce sera une constante
tout le long de la course : ce sera de plus en plus rare de doubler des
coureurs, de plus en plus difficile et ce ne sera pas rare d’avoir un coureur
10 mètres devant ou 10 mètres derrière, en équilibre, sans ni se faire
rattraper ni rattraper le coureur devant moi. A ce petit jeu là, j’aurais même
le sentiment, du coté de Courmayeur de me retrouver entouré de sacrés
gaillards, bien plus costauds que moi. Je me sentirais « petit
coureur » au milieu des discussions sur telle ou telle course et en
entendant tel ou tel classement. Impressionnant ! Le plat avant la Balme
est sous mes pieds. Je recours et retombe sur Stéphane Couleaud. Pas super le
Stef, quelques soucis gastriques. Je le passe en « prenant la roue »
d’un coureur qui grimpe sur un super rythme. Je me cale avec lui et on remonte
quelques coureurs avant l’arrivée à ravito. On doit pointer à la 220ème
place environ. Il est temps d’enfiler la polaire sans manches sur mon tee-shirt
manches longues et de passer une paire de gants longs. La fraîcheur se fait
sentir.
La
Balme – Croix du Bonhomme : « traditionnelles crampes » /
Temps partiel réalisé : 1h20 (prévu : 1h16) / temps total :
5h37 (prévu : 5h55)
La
partie la plus rude de ce col est devant nous. Là non plus, je ne reconnais pas
le parcours. Je ne me lasse pas de regarder le chapelet de frontales qui
démarre là bas en fond de vallée. Les sensations sont mitigées. Sur le replat
avant le gros tumulus, quelques coureurs me passent. Je marche. L’ascension
reprend et je n’arrive pas à rejoindre les coureurs qui me précédent. Je
plafonne. J’y parviens enfin quand la pente se fait moins raide et tente
quelques foulées pour doubler quelques collègues. Bing ! C’est les crampes
qui me stoppent et je vois repasser 2 fois plus de coureurs que je ne viens
d’en doubler. Je n’explique toujours pas ces crampes qui m’ont saisi au même
endroit en 2005 avant de disparaître définitivement du coté des Chapieux. Je
repars et recommence mon ascension. Ca va radicalement mieux et je recommence à
doubler goulûment en vue du sommet quand, rebelote, les crampes me stoppent.
Les Gendarmes de Haute Montagne viennent à mon secours, me tirent sur les jambes,
me remplissent mon bidon d’eau et après 2’ d’arrêt, je repars. Il ne me reste
plus qu’à trépigner derrière mes compagnons de route sur le sentier caillouteux
qui mène à la Croix du Bonhomme. Je viens de les doubler 2 fois en 10’ et je
m’attends à me faire chambrer si je recommence cet exercice une troisième fois.
Je reste donc sagement en queue du groupe. Nous basculons au sommet et je fais
une pause de quelques minutes pour masser mes genoux douloureux avec un peu
d’arnica.
Croix
du Bonhomme – Les Chapieux : « le chemin retrouvé » /
Temps partiel réalisé : 0h41 (prévu : 0h43 ) / temps
total : 6h18 (prévu : 6h38)
Le
temps est venu de valider mes progrès en descente. Je vais savoir. Rapidement
je me rends compte que, effectivement je suis plus alèze que mes compagnons de
route. Le terrain, quelque peu humide mais tout a fait praticable me
convient à merveille et je descends sur un bon rythme jusqu’au petit pont
matérialisant la fin de la descente technique et le début du chemin forestier
menant aux Chapieux. Pfff…je ne l’aime pas ce chemin, qu’il est long. C’est un
vrai mystère car sur le roadbook, il est bien précisé qu’on doit quitter ce
large chemin pour un sentier mono-trace qui plonge sur le ravito. Pourtant, au
vu des frontales qui dandinent au loin, les coureurs qui me précédent sont sur
le chemin qui serpentent en large lacet. Sauf que, d’un coup, devant moi, un
coureur pique à gauche. Bingo, je ne l’aurais jamais pris et là, apparemment un
gars qui connaît bien le terrain me montre la voie. Je le suis et derrière ça
suit aussi. Le sentier mono trace est sous nos pieds. Le gain en temps par
rapport aux coureurs qui suivent le chemin forestier ne sera pas énorme au
final mais c’est quand même beaucoup plus ludique. J’arrive aux Chapieux en
conservant 20’ d’avance sur mon timing mais je sais très bien que ce capital
temps partira en fumée d’ici le Lac combal. Un petit bilan coté forme :
tout va bien ! Je ne souffre pas du froid, les jambes sont bonnes et même
si les sensations sont fluctuantes, j’ai le sentiment de ne pas forcer, de
pouvoir durer ….bonne nouvelle en somme.
Les
Chapieux – Col de la Seigne : « avec Michel » /
Temps partiel réalisé : 2h (prévu : 1h55 ) / temps total :
8h18 (prévu : 8h33)
Après
avoir, pour la première fois depuis le départ, rempli mes 2 bidons (il me
faudra plus de 2h jusqu’au prochain ravitaillement), je repars affronter la
longue et monotone montée jusqu’à la ville des Glaciers. Quelques coureurs me
doublent et je choisis volontairement de marcher dés la sortie du ravito.
Enfin, un coureur me rejoint. Cool, on va pouvoir discuter. C’est un corse qui
trouve qu’il fait froid et que le terrain est trop roulant. Nul doute qu’il
serait mieux du coté du Grand Raid de la Réunion. En attendant, il me booste
allégrement et je suis bien content de sa présence. Ca remonte de derrière et
le duo s’enrichit d’un troisième puis d’un quatrième coureur. Tient ! Mais
on dirait Michel Poletti!!! Quelle surprise. Je rêvais bien un jour de
courir à ses cotés, mais j’imaginais que ce serait bien plus tard dans la
course. La discussion s’engage et le groupe se disloque sous le rythme de
Michel qui m’avoue cependant ne pas être dans un grand jour. La route est douce
ainsi lorsqu’on la partage avec des copains. Il est temps d’aborder les
premières rampes du col de la Seigne. Michel s’envole le temps d’une pause
technique mais quelques minutes plus tard je suis à nouveau dans ces pas.
Encore quelques mots mais le terrain n’est plus propice et ce sera chacun à son
rythme. Je file peu à peu. Les derniers hectomètres me paraissent interminables
et les quelques rares coureurs repris à mi pente profite de cette petite
lassitude pour prendre les devants en vue du sommet.
Col
de la Seigne – Lac Combal : « solitude » /
Temps partiel réalisé : 0h33 (prévu : 0h35 ) / temps
total : 8h51 (prévu : 9h08)
Je
passe sans m’arrêter à la frontière et file dans la descente. Bof, rien de bien
sur cette partie. Le coup de barre se confirme, la lucidité diminue et j’ai un
peu de mal à apprécier la descente qui s’offre à moi. Dans un état un peu
cotonneux (je vais même rater la piste principale), je me laisse descendre, tel
un pantin désarticulé. Les écarts sont déjà énormes entre les coureurs et les
niveaux étant assez proches, la solitude se fait sentir. Rien derrière à moins
de deux ou trois minutes, pas mieux devant. Le plat sous le refuge Elisabetha
est l’occasion de dérouler ma foulée et, à ma grande surprise, elle est là,
souple, efficace. Je passe cette portion non stop en trottinant et plonge vers
le lac combal. Bonne idée que d’avoir mis le ravito en bas, le vent se ferra
peut être moins sentir. J’aborde le sentier monotrace bien technique qui plonge
vers les lumières du ravitaillement en constatant avec surprise, que, comme en
2005, certains coureurs ont fait le choix de rester sur le chemin principal et
ont pris les larges épingles plutôt que ce sentier quelque peu
« casse-gueule ». La soupe est bienvenue.
Lac
Combal – Arête Mont Favre : « ça revient » /
Temps partiel réalisé : 1h05 (prévu : 0h57 ) / temps
total : 9h56 (10h05)
Je
repars alors que Michel arrive. Il ferra une pause de 45’ ici, une tradition
pour lui, adepte des dodos flashs. Convaincu que l’ultra est une affaire de
détails, je sais depuis longtemps que je ne courrais que peu sur le long bout
droit qui mène au pied de la montée de l’arête Mont Favre. Je tiens absolument
à économiser ma voûte plantaire, extrêmement douloureuse dans le final de mes
deux précédents UTMB, et je suis décidé à ne pas courir sur ce secteur plein de
petits galets. Je choisis l’option ciment en courant dés que possible sur le
bas coté, au risque de me péter une cheville sur les bornes qui le bordent. Ah,
quand j’ai une idée en tête !!!!! C’est parti ensuite pour une des montées
les plus rudes, sur le papier, de la course. Je vais la passer en rigolant,
sans soucis, sans même me rendre compte de la pente si ce n’est en regardant
les nombreux coureurs en souffrance que je double. Le coup de moins bien est
derrière moi et je vais pouvoir enchaîner jusqu’à Courmayeur avec de très bonnes
dispositions.
Arête
Mont Favre – Col Chécroui : « ça roupille » /
Temps partiel réalisé : 0h39 (prévu : 0h35 ) / temps
total : 10h35 (prévu : 10h40)
La
nuit est encore là. Le jour ne se lèvera que du coté de Courmayeur. Rien de
grave. Les frontales au loin permettent d’estimer très facilement les écarts
entre coureurs. Je profite de ma relative aisance en descente (euh, je suis
loin d’être dans la catégorie « bon descendeur », très loin) pour
reprendre quelques coureurs. Les dégâts commencent à se faire sentir au vu de
la faible allure de certains. Courmayeur tombera à point pour une remise à
niveau de tout ça. La descente s’enchaîne, et encore une fois, je ne reconnais
pas le parcours. Décidément !!! Je rattrape une réunionnaise peu avant le
col Chécroui. Elle me demande « combien de temps jusqu’à
Courmayeur ? » « Environ 45’ ». Un peu moins pour elle
quand je la verrais s’envoler dans les pentes raides qui plongent dans la
vallée. Elle avait sous les pieds des pentes dignes des terrains de jeu sur son
île. Petite déception au col qui m’avait habitué à une grande fiesta. C’est
encore tout endormi et nul doute que la fête sera pour les copains, derrière,
une fois le soleil levé.
Col
Chécroui – Courmayeur : « j’aime pas…j’aime » /
Temps partiel réalisé : 0h41 (prévu : 0h45 ) / temps
total : 11h16 (prévu : 11h25)
Je
quitte en silence et en marchant la baraque du Col Chécroui pour affronter la
rudesse de la longue descente qui m’attend. Fromage, tuc et saucisson était au
programme de mon petit déjeuner avant un plat de pâtes pour guise de deuxième
petit déjeuner, du coté de Courmayeur. La féminine réunionnaise m’enfume
littéralement dans cette descente poussiéreuse et sans plaisir mais apparemment
avec efficacité je retrouve le large chemin forestier qui serpente vers la
vallée. Le plaisir, immense, va revenir dans le petit monotrace qui part à
gauche. C’est ça que j’aime. De la pente mais pas trop, un sentier assez
propre, sans trop de cailloux et des enchaînements de virages qui accentuent
l’impression de vitesse. Je me lâche et arrive à regret bien trop tôt sur le
goudron qui nous amène via le cœur du village à la première base vie du
parcours. La pause est de longue date prévue très courte mais tout ne se
passera pas comme prévu. Un gel explosé dans la poche de ma polaire,
malicieusement répandu sur mon cuissard et mon slip et c’est quelques minutes
de perdu pour un changement de tenue intégral. Rien de grave. La base vie est
encore calme, pas trop peuplée et ma pause durera 15’, le temps de m’auto-masser
les jambes avec de l’huile à l’Arnica (Génialissime ce truc pour repartir avec
des jambes « neuves ») et de m’offrir une louche de pâtes.
Courmayeur
– Refuge Bertone : « ça revient et ça s’en va »
/ Temps partiel réalisé : 1h36 (prévu : 1h23 ) / temps total :
12h52 (prévu : 12h48)
Il
est 6h30 quand je quitte Courmayeur. La ville est encore endormie et c’est en
marchant d’un bon pas que je traverse avec quelques coureurs le centre de la
ville. Mes compagnons de route me paraissent bien plus costauds que moi et je
me fais tout petit dans le groupe qui se forme. Je connais ma force, ce n’est
pas ma vitesse mais plutôt ma très grande régularité et le peu de pauses qui me
sont nécessaires pour récupérer et avancer. Pas surprenant donc que je côtoie
ici des coureurs à priori plus rapides que moi mais qui ont du profiter plus
longtemps du confort de la base vie. Nous quittons la route. Mes compagnons
s’éloignent. Pas d’affolement. Je vais assister à un phénomène qui va se
reproduire plusieurs fois durant les prochaines heures. Un groupe de coureurs
se rapprochent de moi par l’arrière. Mon allure est constante et je m’attends à
les voir me doubler d’ici quelques minutes. Je me retourne fréquemment. Ils
approchent. Je me re-retourne, toujours pas là !!! Je poursuis mon effort.
Un nouveau coup d’œil, ils s’éloignent. Un peu comme s’ils avaient explosé, je
vais assister plusieurs fois à ce petit jeu du coureur « qui revient puis
qui recule ». Du coté du refuge Bonatti, de la Fouly ou de Trient. C’est
marrant ! Ça fait passer le temps quand, de mon coté, je ne peux rien
faire que de garder ce rythme qui semble éternel. Le sommet est là et je
« pointe » avec quelques minutes de retard sur mon tableau de marche.
Le jour est bien levé, superbe, et le spectacle qui va s’offrir à moi jusqu’au
Grand Col Ferret m’enthousiasme déjà.
Refuge
Bertone – Refuge Bonatti : « esprit compét »
/ Temps partiel réalisé : 1h10 (prévu : 1h17 ) / temps
total : 14h02 (prévu : 14h05)
Petite
discussion avec un bénévole du corps médical
consciencieux « Vous êtes sur
que ça va ? » « Ben oui,
pourquoi ? » « Vos
yeux ? » « Ah, oui, je sais ! Rien de
grave ». La nuit
a fait son œuvre. Légèrement myope, j’ai fait
le choix de courir sans lunettes
durant la nuit. De par l’effort fourni pour fixer le halo de ma
frontale (super
d’ailleurs la Myo XP), j’ai maintenant les yeux
gonflés, rougis, inquiétants
apparemment si j’en crois les regards insistants dont je fais
l’objet et le
gros plan prolongé dont je vais bénéficié
sur la ligne d’arrivée par un caméraman
de l’organisation. Mes lunettes de soleil (adaptées ma
vue) feront merveille
toute la journée mais le sel aidant, les dernières heures
de nuit se feront
quelques peu dans la douleur : une bonne raison pour terminer de
jour en
2007 !!!!! Je repars affronter le long balcon avec vue
cinémascope sur le
Massif du Mont Blanc versant italien. J’avais
bénéficié de la locomotive
«Martin » en 2005 sur ce secteur et je suis bien
content de voir devant
moi un groupe de 4 coureurs. A distance certes mais je les vois. 2
coureurs me
rejoignent et me passent. Nous partons à l’attaque,
à la poursuite du groupe
qui nous précède. Pas d’affolement. Je laisse faire
en suivant en dernière
position. Peu à peu, ils me distancent et je les vois au prix
d’un bel effort
fait de nombreuses relances dans les petits bosses rejoindre les 4 de
devant.
Je suis à 1’. « Ca va
attaquer !! » me dis je. Bingo, mes
anciens compagnons de route prennent la tête du groupe et
….le disloquent. Je
suis toujours là, en spectateur à assister à cette
passe d’arme. Là aussi, ça
occupe dans cette portion de transition avant le Géant de
l’UTMB. En vue du
refuge Bonatti, il est temps de ramasser les morceaux, les
« éclopés » du groupe qui une fois
livré à eux-mêmes ont toutes les
peines du monde à relancer. J’en reprends un, puis deux et
le refuge et là. La
pause ravito traditionnellement express pour moi sera l’occasion
de repartir
devant la plupart des membres du groupe qui se sont livrés
bataille et pour
qui, une pause s’impose (un peu romancé ce passage mais
finalement, c’est comme
ça que je l’ai vécu !!!)
Refuge
Bonatti – Arnuva : « Que la montagne est belle » /
Temps partiel réalisé : 0h49 (prévu : 0h46 ) / temps
total : 14h51 (prévu : 14h51)
Les
écarts sont énormes ici et je n’ai aucun espoir de revoir le coureur qui me
précède là bas, tout là bas. Ca revient de derrière. Deux coureurs qui, de
nouveau, me proposent un rythme qui me convient largement. Bien content de
suivre. Je me cale derrière et c’est sur un bon tempo que nous plongeons vers
Arnuva. Tout va bien. Au loin, là bas, tout en haut, on aperçoit distinctement
l’abri qui matérialise le sommet à atteindre d’ici une grosse heure.
Arnuva
– Grand Col Ferret : « Au milieu des randonneurs » /
Temps partiel réalisé : 1h16 (prévu : 1h19 ) / temps total :
16h07 (prévu : 16h12)
Pause
express, comme d’habitude et je pars en marchant affronter celui qui, selon
moi, est le Géant de la course. Rien devant, rien derrière. Heureusement que
les groupes de randonneurs me serviront de point de mire. C’est parti, concentré,
comme si un régulateur était programmé quelque part dans ma tête. J’attaque les
premières rampes et, naturellement, le rythme qui va bien s’impose. Impossible
d’aller plus vite, une sensation que l’effort n’est pas maximal et que je
n’aurais aucun mal à le tenir jusqu’en haut. Le spectacle proposait est
grandiose et les instants passés ici seront pour moi les plus agréables de la
course. La fraîcheur du matin me va à ravir et l’heure matinale est celle des
randonneurs. Ils sont de plus en plus nombreux sur le bord des chemins et
l’ascension qui s’annonce sera une procession aux milieux de « fans »
tous plus admiratifs de nos exploits. Ca pousse et j’en surprendrais même
un, nostalgique du Tour de France, en train de me pousser « physiquement »
sur plusieurs mètres. Pas très efficace mais ça fait sourire !!!!! Le
passage au refuge Elena fut aussi l’occasion de rejoindre un gars du
Layon. Un pote à lui est là, hors course et, indécent, « insolant »,
il me double en courant dans les pentes les plus raides du col. « Moi
aussi je peux le faire ….mais pas là, j’ai pas envie !!! ». Je
m’approche du sommet. Que la montagne est belle.
Grand
Col Ferret – La Peule : « Cailloux or not cailloux ….not
cailloux » / Temps partiel réalisé : 0h29
(prévu : 0h31) / temps total : 16h36 (prévu : 16h43)
J’y
ai pensé, je ne l’ai pas fait. Au départ, dans le brouhaha ambiant, j’ai vu
Michel en haut de l’arche brandir une énorme plaque en pierre, synonyme si j’ai
tout compris du trophée du vainqueur. Ce rocher provenait du sommet du toit de
l’UTMB, du Grand Col Ferret. Je me suis dit durant une bonne partie de la
course que moi aussi, je mériterais à mon petit niveau un trophée et que moi
aussi je ramènerais de là haut un cailloux en souvenir (juste un peu moins
gros). J’ai hésité, un peu oui un peu non et même bien après le passage de ce
col. Au final, je ne l’ai pas fait. Va comprendre. C’était une belle idée. Pas
grave. Ca aussi ça occupe l’esprit !!!!! La descente sur la Peule se fait
longue, un poil monotone. Quelques randonneurs s’écartent gentiment :
finalement, c’est peut être pas le jour idéal pour une balade tranquille sur
les sentiers du TMB. Ca risque de se transformer pour eux en balade tranquille
sur le bas coté du sentier du TMB vu le trafic digne de bison futé !!!. Il
est temps d’enlever la polaire sans manche et de rester en tee-shirt manches
longues pour le reste du périple.
La
Peule – La Fouly : « Cyrano sans les pauses » /
Temps partiel réalisé : 0h48 (prévu : 0h47 ) / temps
total : 17h24 (prévu : 17h30 )
Je
me traîne dans le sentier technique qui plonge après le ravito. Un
boulet !!!! Pas du tout alèze, je laisse passer deux coureurs qui vont
deux fois plus vite que moi. Vivement la route à plat tout en bas. J’y suis. Un
peu de marche et il va être temps de faire du cyrano jusqu’à la Fouly. La
reprise en mode « course » est difficile mais je le sais. Je sais
que, de plus en plus, la transition marche-course est « douloureuse »
pendant quelques secondes, presque une minute maintenant mais je sais aussi qu’une
fois ce laps de temps passé, je retrouve une foulée confortable, efficace, qui
mène loin et assez rapidement. Je suis d’ailleurs convaincu aujourd’hui que le
secret de la performance est là. Celui qui arrive, tout le long de la course et
encore plus après 10 ou 20h de course à relancer sans cesse la machine, sur le
moindre faux plat (du coté du balcon de Bovine ou de Catogne par exemple) a
sûrement une recette pour un final rapide, efficace et un super chrono. Cette
année, j’ai tenu bon jusqu’à Bovine ….je sais ce qu’il me reste à faire en
2007 !!!!! Relancer boudiou, relancer !!!!!
Je
me surprends donc sur la route puis sur le chemin en bord de rivière à courir
sans cesse. Un coureur qui n’allait pas tarder à me rejoindre se voit distancer
maintenant, obliger de marcher là où je cours allègrement. La Fouly est là et
les parents de Phil saluent un UFO qu’ils n’ont pas reconnu (j’avais bien
compris).
La
Fouly – Praz de Fort : « Aux champignns ! »
/ Temps partiel réalisé : 1h03 (prévu : 1h12 ) / temps total :
18h27 (prévu : 18h42 )
Et
si je tentais un café ? Trop chaud et je renonce à le boire sous peine de
me cramer la langue ou sous peine de devoir attendre qu’il refroidisse dans
….10’. Je repars avec une féminine. On papaute un peu et absolument ignorant de
leur tableau de marche, je leur annonce qu’ils sont sur les bases de 28h.
Devant nous, un groupe s’est formé à environ 1’ et elle décide avec un autre
coureur de partir les rejoindre. Je laisse faire. Un regret aujourd’hui.
J’aurais pu les suivre et bénéficier d’une bonne locomotive jusqu’à Praz de
Fort. Ils me prendront 10’. Je laisse faire donc et me contente de mon rythme
malgré ça très efficace. Je rattrape un coureur apparemment au bout du rouleau
puis une nouvelle féminine qui a bien du mal dans le petit sentier qui précède
Praz de Fort. Mmmm, ça sent les champignons par ici. Et si je ramenais un
fricot à l’arrivée (à défaut d’un caillou !!!). Mon regard se perd sur les
bas coté. Des venimeux, toujours des venimeux. Objectivement, au vu du nombre
de randonneur sur ces GR, la chance est mince de ramener quoi que ce soit de
comestible à la maison mais avec un peu de chance !!!! La route arrive là
devant et la « chasse » reprendra plus tard dans la montée de
Champex. La petite route au milieu des chalets Suisses me laisse penser que
« la vie doit être douce par ici ».
Praz
de Fort – Champex : « histoire de dos » /
Temps partiel réalisé : 1h07 (prévu : 1h18 ) / temps
total : 19h34 (prévu : 20h00 )
Pause
express …comme c’est bizarre. Je repère au loin 3 coureurs qui seront mes
prochains objectifs. Je me rapproche du premier, son dos est là devant moi. Il
a l’air au plus mal. Quelques nouvelles et j’apprends que le mal est profond,
irréversible pour voir Chamonix. Je repars et quelques secondes plus tard me
retourne pour voir si, dans un sursaut d’orgueil le malheureux n’a pas pris mes
pas. Je vois …..son dos. Il repart vers Praz de Fort, fin de la course.Mes deux
autres « victimes » ne feront pas un pli dans la descente vers les
Isserts que je passe décidément euphorique comme en 2005. Le dernier coureur
doublé m’informe de la montée qui s’annonce. « Oui, oui, je
connais ». Peut être un peu « vexé » de s’être fait enrhumer de
la sorte, il reprend la course et se rapproche de moi dans les premières pentes
de la montée vers Champex. Il sera une nouvelle victime au petit jeu du coureur
« qui revient puis qui recule ». Le temps est venu de doubler
quelques randonneurs. Le dernier rencontré avant Champex va se transformer en
génial téléphérique. Je remonte sur lui, m’apprête à le rejoindre. Il me voit
et d’un coup, malgré son sac de bonne facture, il accélère. Je me prends au
jeu. Je m’accroche à quelques mètres, mon regard fixé sur son dos. Il poursuit
et j’entends son souffle court au dessus de moi dans les lacets qui
précédent le sommet. On y est et il ne fait pas un mètre de plus me lançant au
passage un « la prochaine fois tu le fais avec le sac ! » dont
je n’ai pas saisi, au vu du ton employé s’il s’agissait d’humour ou
d’exaspération, lasser de se faire doubler depuis le matin par des coureurs
« extra light ».
Champex
– Ferme de Bovines : « Repousser la nuit ….et les vaches » /
Temps partiel réalisé : 2h09 (prévu : 2h02 ) / temps
total : 21h43 (prévu : 22h02 )
La
pause à Champex va un peu s’éterniser. Je l’estime à 15’. Sous l’œil de Kiki,
je procède méticuleusement à mon désormais traditionnel massage à l’huile
d’Arnica, je récupère quelques gels et décide de déchausser le pied droit où
une gêne persistante se fait sentir. Je serais bon pour une énormissime
ampoule, cylindrique même puisqu’au final elle ferra intégralement le tour de
mon gros orteil. Coup de bol (mais il en faut un peu), elle sera juste
douloureuse mais pas handicapante jusqu’à l’arrivée. Je choisis aussi de faire
toute cette « popotte » dehors dans l’herbe. L’ambiance ginguette
surchauffée m’a fait fuir illico dès que j’ai mis les pieds sous la tente
réfectoire. Je repars ….seul. Le bord du lac sera l’occasion de doubler la
fanfarre locale avec leurs énormes instruments à rendre très transportable la
plus grosse des contrebasses !!!! Ma tête calcule sans cesse les horaires
à venir avec une idée bien précise : « où la nuit va t’elle me tomber
dessus ? ». Le plus loin possible j’espère et mes calculs l’amènent
du coté de Vallorcines. L’essentiel sera alors acquis avec la longue descente
des tzeppes sous le soleil couchant. Nouveau chemin pour rejoindre le pied de
la montée de Bovines. On m’annonce 78ème pour 92ème du
coté de Champex. Sans surprise, ma pause minimaliste a fait merveille. Tout
d’un coup, le chemin déboule dans un champ. Rien de grave sauf que, au milieu,
pile poil à l’endroit où passe le chemin, d’énormes vaches noires avec des
cornes encore plus grosses m’accueillent. Je stoppe. Y a pas à dire, ça
ressemble « vachement » à des taureaux. Un petit gars non loin de là
me dit « allez-y, elles sont gentilles !!! ». Facile à dire.
J’ai beau avoir un penchant pour la campagne, aimer beaucoup les vaches (pas
trop cuites pour moi), je ne suis pas super rassuré. Ca me rappelle mes entraînements
où, parfois je vois débouler un molosse avec à 100 mètres derrière le maître
qui crie « Vous risquez rien, il mort pas ! » « Pfff, c’est
pas écrit dessus …..Crétin » !!! Là c’est un peu pareil avec le
crétin en moins et je choisis illico l’option genêts. Ca passe et j’attaque le
faux plat précédent Bovines. Je marche. Dés le pied de l’ascension, je vois
devant 2 coureurs : « Ca coince devant ! » Cette réflexion,
le gars qui me remonte au pas de charge a du également se la faire en me
voyant. Il m’a repris 10’ depuis Champex et finira 50’ devant moi à
l’arrivée : quel final !!!!! Nous grimpons ensemble les rochers de
Bovines. Il me distance au pied et je le rejoins sur le haut. Le long balcon
sera l’occasion de faire plus connaissance avant qu’il ne s’envole
définitivement : et oui, il a relancé sur ce long faux plat où moi, je
n’ai pu qu’allonger le pas !!!
Ferme
de Bovines – Trient : « sous l’orage »
/ Temps partiel réalisé : 1h08 (prévu : 1h05 ) / temps
total : 22h51 (prévu : 23h07 )
Le
temps se gâte. Un petit groupe se forme peu après le ravito et nous attaquons
la descente. Je passe tout ce beau monde, fier comme pas deux de mes progrès en
descente. La pluie s’en mêle et l’exercice de style s’annonce périlleux au
milieu des racines et des cailloux. Mais n’est ce pas là un terrain de jeu
génialissime. Nous sommes traileurs non ???. La pluie s’intensifie, drue
et froide. J’aurais bien voulu descendre jusqu’à Trient sans imperméable mais
impossible : une pause s’impose pour mettre ma GoreTex par-dessus mon sac
à dos. Bof, pas très pratique cette histoire avec les portes bidon accrochés
aux bretelles. Je serais obligé une fois dans la vallée d’enlever le sac pour
passer la veste sous le sac (un usage normal en fait !!!!). La descente
continue. J’ai froid. Le vent s’en mêle. Impossible d’accrocher ma capuche.
Quelle galère. Je débouche au col de la Forclaz dans une vraie tempête. Pas
l’envie de rire du tout. Le photographe souhaite immortaliser ce moment. Pas
envie. « Je me donne du mal pourtant !» me dit-il. « Ouais
ben moi aussi !!! ». Je replonge vers Trient avec une certaine
appréhension à l’idée de retrouver le sentier herbeux dans lequel j’avais fait
de jolis glissades les années d’avant. Miracle, génialissime organisation. Ce
passage « dangereux » a été recouvert de copeaux de bois. Ca accroche
et ça passe sans encombre. Merci ! Je débouche dans Trient sous une pluie
battante.
Trient
– Les Tzeppes : « Record battu »
/ Temps partiel réalisé : 1h00 (prévu : 1h13) / temps
total : 23h51 (prévu : 24h20 )
J’adore
ce ravito. Le plus chaleureux de la course a mon sens. Que de souvenirs en 2003
et 2005. Cette année, je ne vais pas en profiter. La pluie, la course, le
chrono qui tourne et rien de bien particulier à dire sur ce lieu. Un détail
….les yeux de la badgeuse ….( :o) …..je repars avant de faire demi-tour
pour les revoir, non pas ses yeux mais mes bâtons que j’ai négligemment oublié
sous le banc. Vous me direz, ce n’est pas le genre de détail qui s’oublie à
l’UTMB (je parle encore des bâtons, pas des yeux …quoi que !!) et sûr que
je ne serais pas allé très loin sans me rendre compte de leur absence. Je
repars donc à la poursuite de Val, mon pote Fortich’eur rejoint au ravito. Il
m’a avoué son coup de mou et malgré un peu d’avance, il m’a prédit que je le
reverrais sous peu. On verra !!!!! J’attaque cette dernière grosse
difficulté d’un bon pas. C’est marrant mais autant j’adore le ravito en bas,
autant je déteste cette montée. Je concentre ma montée à regarder mon altimètre
et à estimer la vitesse de montée. Ce sera un fort joli 700 m/h qui me fait
espérer un retour sur Val…s’il est vraiment aussi cuit qu’il le dit. Que nenni.
Pas de Val. La pluie s’est calmée et, en sous bois, on ne sent presque plus la
rudesse des intempéries. Un énième coureur est victime du petit jeu du coureur
« qui revient puis qui recule ». La sortie du bois pour atteindre le
ravito fait réapparaître le vent. Ca caille. Je ne traîne pas. Toujours pas de
Val. Il me reste 9 minutes pour atteindre un des objectifs que je m’étais fixé
sur cet UTMB, à savoir battre mon record de distance en 24h réalisé à Saint
Fons à 2004 avec un modeste 131 Km. Record battu donc. La nouvelle marque sera
de 135 Km et 8205 m+ !!!!
Les
Tzeppes – Vallorcines : « Tout schuss » /
Temps partiel réalisé : 1h11 (prévu : 1h22 ) / temps
total : 25h02 (prévu : 25h42 )
Mais
où est Val ? Sacré gaillard, il tourne dur pour un gars cuit !. Je
vois au loin deux coureurs qui basculent dans la descente. Un coup d’œil au
chrono. J’arpente péniblement le long sentier en balcon. Ah si je pouvais
relancer !!!!! Je bascule à mon tour avec 4’ de retard. La pluie a cessé.
Je décide de me lâcher dans cette ultime longue descente. Comment dire. Grosse
attaque. Le sol est propre et recouvert d’une belle épaisseur de boue. L’exercice
consiste à poser le pied sur un coin moins glissant. Je m’éclate, voltige,
attaque au-delà du raisonnable mais toujours rien. Mais quel pied !!! Un
rapide pointage du coté du téléphérique synonyme de retour en France. Plus que
3’. Sacré Val. J’attaque allégrement la longue piste forestière. Argh….ce n’est
plus pareil. Longue ligne droite, cailloux…..cyrano s’impose. Finalement, le
bonheur est simple comme un mono trace. Il est là juste devant à droite. Je
plonge ! Banzaiiiii. La grosse artillerie est de sortie. Je me lâche comme
jamais depuis le départ. Il serait temps me direz-vous !!! Je double un
coureur qui, aujourd’hui encore, n’a pas du comprendre !!! Je
vole !!!! Vallorcines est devant moi et c’est au petit trot que je grimpe les
quelques marches du ravito.
Vallorcines
– Argentières : « A l’attaque ! »
/ Temps partiel réalisé : 1h09 (prévu : 1h09 ) / temps
total : 26h11 (prévu : 26h51)
Val
est là. Coquin va !!!!! Je vais bientôt comprendre.L’euphorie me gagne.
Sur le rythme de ma descente, je me vois déjà finir les kilomètres restants de
la même manière. Je déclare mes intentions à Val. Ce sera 27h et quelques. Un
coup de fil à Sandra pour l’informer de mon avance sur le plan de marche
(28h30) et je repars. Val, prudent, choisit de poursuivre la route avec le
groupe qu’il côtoie depuis Trient. Je pars en trottinant. Un petit kilomètre
passe, j’alterne course et marche. Je me retourne et oh surprise, à dix mètres
derrière, le groupe de Val. Ils marchent. Je me range gentiment et décide de
prendre le pas de ce groupe. Je viens de comprendre ma folle poursuite
infructueuse derrière Val. Ce groupe de « marcheur » avale la légère
pente du col des Montets à une allure folle. 7km/h à vue de nez. Derrière, je
relance en trottinant sous peine de les voir s’éloigner. La nuit nous rattrape
non loin du sommet du col. Dans la descente, rien ne change ou presque. La
marche est le moyen de progression du groupe et je me plie bien content à cet
exercice. Argentières nous accueillent. Pause express pour tous. Les 27h sont
pour nous !!!!
Argentières
– Chamonix : « endormi » /
Temps partiel réalisé : 1h38 (prévu : 1h39 ) / temps
total : 27h49 (prévu : 28h30)
Que
je crains ce sentier interminable qui nous attend. Toujours en queue de groupe,
je profite du rythme effréné des marcheurs. Ca avance. Enfin, je l’ai cru. En
décortiquant les temps de notre final, au chaud, après la course, je
constaterai un final bien lent, presque autant qu’en 2005, isolé seul dans la
nuit. La marche nous a endormi !!!!! La sensation de marche très rapide ne
voulait pas forcément dire vitesse très rapide. Les fameuses relances
« dés que possible » aurait sûrement été plus efficaces. Rien de
grave, il faut bien se trouver des excuses pour revenir en 2007. Ce secteur me
parait toujours aussi long. Le doute m’envahit même quand, le chrono avançant,
rien ne semble dire que les lumières de Chamonix sont pour bientôt.Enfin le
chemin forestier apparaît, la pente s’incline et nous plongeons vers l’arrivée.
C’est l’instant que choisi un ovni pour nous doubler à une vitesse deux fois
supérieure à la notre. Le gars que j’ai doublé avant Vallorcines a du ressentir
ce que je viens de ressentir. Et si c’était lui !!!!! Le bout du
tunnel est devant nous. Les lumières de la ville apparaissent et je sais que
les 27h sont pour nous. Peu importe le reste, peu importe le classement, les
minutes. Les 27h sont là et la liste des heures accessible sur cette course
magique va se réduire à sa plus simple expression. Comment imaginer un jour
finir en 26 ou 25h. Impossible à mes yeux. Je n’y pense pas dans les rues de
Chamonix. Je savoure en constatant que comme en 2005, la « forme »
est encore là, que je peux encore courir. Je n’ai pas réussi la course
parfaite, celle où j’aurais jeté toutes mes forces dans la bataille. Est ce
possible sur ce genre de course ? J’ai l’impression qu’une réserve
est salutaire, nécessaire et que cette réserve est inusable pour qui sait
l’alimenter. Dernièrs mètres. La foule est là. Le chrono sera de 27h49. Nous
franchissons la ligne ensemble, à 5, solidaire mais mes bras, mon regard va
naturellement vers Val, super Val qui sera plus avant en 2007. « C’est bon
Eric tu peux le prendre, il est prêt !!! ». Sandra m’attend,
souriante, bienveillante avec Enzo qui dort dans sa poussette. C’est bien
qu’ils soient là. Le refroidissement est brutal. La machine se grippe
rapidement. La satisfaction l’emporte plus que l’émotion. Cette dernière
viendra le lendemain, comme en 2005, en voyant les arrivants, ceux qui se sont
battus pendant deux nuits.
Epilogue :
Que
dire quand tout se passe comme on l’a voulu, sans surprise, sans accro. Je
voulais ê
publié par yoyo publié
dans : Carnet
d'UTMB 2006
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Lundi 03 Juillet 2006
Salut à tous
Allez, ça repart. Je ne vais pas refaire tout mon carnet d'UTMB 2005 puique
dans sa grande majorité, il est encore d'actualité en 2006. Je vais donc dans
les semaines qui suivent m'amuser à compléter ou rectifier quelques fiches
faites en 2005.
"c'est la reprise" !!!
Et si on se gavait de chiffres !!!!!
Je me suis amusé avec le tableau de Rémi Poisvert
à décortiquer les pentes de l'UTMB (je crois qu'elles sont aussi sur le
Roadbook).
Personnellement, j'ai tendance à considérer les
pentes inférieurses à 10% (positif ou négatif) comme des pentes
"habituelles", "normales" pour les coureurs habitués aux
trails avec dénivelés. Au delà, ça se corse. Voici le palmarés des pentes
supérieures à 10% sur l'UTMB :
Version montée :
1 / Refuge Elena - Grand Col Ferret : 2.1 km à
22,7% : sans surprise ...c'est vraiment le Géant de l'UTMB
2 / Lac Combal - Arête Mont Favre : 2.2 km à 21,1%
: là non plus, pas de suprise. Nos jambes le confirmeront ....c'est du costaud
3 / Trient - Les Tzeppes : 3 km à 21% : C'est pas
cool ça. Le dernier vrai raidard et un des plus costaud. Bizarrement, sur le
terrain, il passe mieux que les 2 cols qui le précédent dans ce
classement
4 / Tumulus - Col du Bonhomme : 1.6 Km à 18,1% : La
difficulté viendra de ce qui a précédé, à savoir toute la longue montée depuis
Notre Dame de la Gorge avant ce final toujours plus raide
5 / Courmayeur - Refuge Bertone : 4.8 km à 17,1% :
Oui, oui, presque 5 km dans cette pente et vu que le pied est plutot roulant,
ça veut dire que certains passages sont bien plus raides que 17,1%.
6 / La Balme - Tumulus : 2.1 km à 16,1% : là aussi,
quelques replats qui font que certains passages sont diablement plus raides. Et
puis on enchaine aprés ça par le numéro 4 de ce "classement"
7 / La ville des Glaciers - Col de la Seigne : 4.1
km à 15,7 % : plus raide au pied que sur le haut
8 / Maisonneuve - Col de Voza : 2.9 km à 15,7%
: même pente que le col de la Seigne mais on est encore trés frais. Ca passe
dans l'euphorie du départ
9 / Nant Borrant - La Balme : 1.7 km à 14,8 % :
bizarre ce chiffre avec le grand replat qui précéde la Balme !!!!!
10 / Le Plan d'eau - Fermes de Bovines : 4.7 km à
14% : la spécificité de ce col est que les parties "où on met les
mains" accentue considérablement la pente.
11 / Arnuva - Refuge Elena : 2.4 km à 12.3 % :
c'est l'échauffement avant d'affronter le numéro 1 de ce
"classement". Et d'ailleurs, c'est plutot 1.2 km à 20% puis 1.2 km à
5%. Dur dur le départ d'Arnuva!!!!
12 / Issert - Champex Lac : 4,6 km à 10,1 % : ce
"juste en dessus de 10%", c'est juste pour dire que ce n'est pas une
montée insignifiante.
Version descente :
1 / Col de la Croix du Bonhomme - Chalet de Plan
Varao : 2,4 km à 17,3 % : Le premier juge de paix, la plus longue, la plus
raide ....avec heureusement quelques microscopiques plats pour refroidir les
cuisses
2 / Col Chécroui - Courmayeur : 4,6 km à 16.4% : Je
l'aime pas celle là !!!!! et rien pour se reposer. C'est uniformément raide.
3 / Chalet de Plan Varao - Les Chapieux : 2,9 km à
16% : seconde partie de la descente du Col de la Croix du bonhomme. Il s'agit
plutot de 1 km trés trés trés raide (25% à vue de pied) puis un chemin plus
roulant à 5%.
4 / Catogne - Les esserts : 2.4 km à 15,8% : Ah bon
!!! ça parait moins raide que ça en vrai, plutot ludique en serpentant au
milieu de la prairie !!!
5 / Col de la Forclaz - Trient : 1,4 km à 15,6% :
Oui c'est sur. Il y a ici un passage où la pente est telle et le sol si
glissant que pas mal de coureurs passeront, si c'est humide,
involontairement"sur les fesses" (j'ai vécu .... 2 fois)
6 / Grand Col Ferret - La Peule : 3,5 km à 13,4% :
Mouais .....il y a bien un secteur plus raide mais c'est pas infranchissable.
7 / Les Esserts - Vallorcines : 2,9 km à 13% : Le
second morceau de la descente des Tzeppes et franchement je vois pas pourquoi
!!! c'est pas si compliqué que ça. Alors bien sûr on est cuit, on a mal partout
mais bon ....je trouve ce chiffre étonnant !!!
8 / La Peule - Ferret : 3 km à 12,6% : oui, oui,
c'est même 1 km à 20%, trés technique puis 2 km à 7% sur route
9 / Fermes de Bovines - Combe des faces : 3 km à
11.9% : difficile parce qu'en plus d'être raide, c'est caillouteux et pleins de
racines.
10 / Arête Mont Favre - Col Chécroui : 4,4 km à
11,4 % : grosse surprise. Je trouve cette descente plutot tranquille. La
plongée depuis l'Arête Mont favre est raide sur 500 mètres puis de nouveau, les
500 derniers mètres avant Bertone. Le reste est "plat".
11 / Combe des Faces - Col de la Forclaz : 1,6 km à
10,8 % : La suite de la descente de Bovines avec toujours des cailloux et des
racines.
12 / Col de Voza - Pont des places : 2,4 km à 10,6
% : insignifiant, on est tellement frais qu'on passe sans soucis, tellement
trop vite !!!!!
Voilà, vous savez tout sur le belle théorie des
chiffres. Mes commentaires pour éclaircir un peu tout ça et surtout pour se
faire une idée de la répartition des difficultés du parcours.
publié par yoyo publié
dans : Carnet
d'UTMB 2006
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Lundi 13 Mars 2006
Ci-dessous une petite synthèse commentée de mon
entraînement de févier 2006. Cette synthèse sera mise en ligne tous les
mois jusqu’à fin août.
|
|
Févier
2006 |
Depuis
le 1er janvier 2006 |
|
Nombre
total de sorties |
14 |
28 |
|
Nombre
de sorties Course à pied |
11 |
20 |
|
Nombre
de sorties Vélo |
3 |
8 |
|
Durée
totale d’entraînements |
21
h 30 |
54
h 30 |
|
Durée
d’entraînements Course à pied |
14
h 30 |
37
h |
|
Durée
d’entraînement Vélo |
7
h |
17
h 30 |
|
Distance
totale d’entraînements |
274
km |
629
km |
|
Distance
d’entraînements Course à pied |
118
km |
244
km |
|
Distance
d’entraînement Vélo |
156km |
385
km |
|
Dénivelé
total d’entraînements |
5825
m+ |
13595
m+ |
|
Dénivelé
d’entraînements Course à pied |
4105
m+ |
9545
m+ |
|
Dénivelé
d’entraînement Vélo |
1720m+ |
4050
m+ |
Et quelques commentaires :
Nombre de sorties : Je
m'y tiens. Un jour sur deux. C'est mon rythme. Habituellement, je flanche avec
le prinptemps. Je vais essayer de tenir jusqu'en août !!!!
Durée d’entraînements :
Toujours peu ou prou sur la base de 1 heure par jour. Pareil que pour le nombre
de sorties ....pourvu que ça dure, ça voudra dire qu'aucune blessure ne vient
perturber l'entrainement.
Distance d’entraînements :
Ce n'est toujours pas énorme mais je fais beaucoup de trail alors, c'est moins
"productif". Je devrais à partir d'avril augmenter mon kilométrage
pour être sur les bases de 1 UTMB par mois soit 155 km courrus.
Dénivelé d’entraînements :
Toujours plus. Mon pote Papatrail m'a glissé le chiffre symbolique de 2000 m+
par semaine (tous sports confondu) et je m'y tiens. Ca motive. A ce petit jeu,
je devrais me caler sur 1 UTMB par mois soit ... 17000 m+ fin février (j'ai un
peu de retard), 34000 fin avril ...etc ....68000 fin août (hors UTMB).
Et donc :
J’ai aimé : Le résultat que
j'ai pu avoir tant sur une séance de VMA que sur une course de village.
Etonnant malgré des sensatons pas terribles. J'attends avec impatience le Trail
de la Sainte Victoire le 19 mars pour avoir un vrai état de ma forme. Objcetif
avoué : 6h contre 6h49 en 2005. Je n'ai pas retrouvé une vrai foulée, encore moins
un poids de forme mais sur mon terrain, le trail en montée, ça roule plutot
bien
J’ai pas aimé : Toujours
le peu d'envie d'aller ailleurs que dans les chemins. Et puis mon genou, qui,
perpétuellemnt me chatouille. Bien peu de chose en somme ....(:o)
Et pour mars ? Un vrai test à la
Sainte Victoire et on va avec Papatrail renouveler la sortie "semi
longue" qu'on a fait en février. Calée entre 2 trés longues (Ultras), on
fait ça en discutant, trés tranquillement au début et plus fort la dernière
heure. Et comme apatrail bombarde en descente, je le suis et ça me décoince,
moi qui suis poussif dans cet exercice (j'y travaille)
Prochaine mise à jour du blog :
la tenue du coureur (comme en 2005 avec quelques trucs en plus) ....pas fait en
février (:o)