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Les 6 heures du Petit Ney de Frédéric Baudry | |
Ces 6
heures du Petit Ney, c’est
ma rentrée de coureur à pied de cette
année. Il était temps, car après les
pépins physiques du début
d’année qui ont entravé ma
préparation et même
contraint à déclarer forfait pour
Belvès, je profite de ce 6 heures pour
lancer ma saison et voir où j’en suis.
L’objectif, courir à allure 100 km, sans trop
puiser dans mes réserves, car
j’envisage de m’aligner aux 24 heures de Roche la
Molière mi-juin. Je ne
voudrais donc pas mettre trop de temps à
récupérer ensuite. Objectif « syndical
», 60 km et je serais pleinement satisfait avec 65
9h30. Le temps est gris, un peu frisquet, mais vues les trombes
d’eau qui
se sont abattues la veille, estimons-nous heureux. Durant les premiers
tours,
le but est de s’échauffer, trouver le bon rythme
de course et de gestion
des ravitaillements, ne pas s’affoler. Pour le moment, je
garde un rythme
peinard d’environ 8 minutes au tour, qui me permet
d’en garder sous le pied
et de ne pas être obligé de me concentrer sur la
course. Je laisse mon esprit
gambader, trouve que le parcours, varié dans ses surfaces
(tartan, bitume,
un peu de terre) soulage les tendons, même si les principaux
virages ont
toujours lieu à gauche. Au bout de 4-5 heures
peut-être que ce détail aura
son importance. Un peu avant l’heure de course, je termine le
7ème tour (10,745
km) : j’ai de l’avance sur le tableau de marche,
alors que je ne peux pas
dire que ma course ait vraiment commencé. Cool !
Je commence à m’intéresser au rythme
des autres concurrents. Les allures
sont encore faciles. Globalement je suis un peu surpris par le rythme
des
concurrents. Pour le moment, j’avance à un train
qui doit m’emmener vers
les 60 km et plus, et pourtant bon nombre de coureurs me
précèdent et me
prennent des tours. Le plateau est relevé. C’est
bien pour la discipline.
Petit à petit, sans trop m’en rendre compte,
j’entre dans la course et accélère
progressivement la cadence : 7’50 au tour. Courir devient
machinal, on y
pense même plus, et on regarde ce qui passe autour. Fin de la
2ème heure,
je suis dans la ligne droite qui termine mon 15ème tour. Mon
avance sur le
tableau de marche continue de croître.
Le temps s’éclaircit, et voilà que le
soleil fait son apparition. Youpiiii
!!!
Mes abdos commencent à râler un peu.
C’est vrai que je voulais les renforcer
cet hiver, mais bon, j’aime pas ça, et du coup je
trouve toujours un excuse
plus ou moins vaseuse pour ne pas le faire. Maintenant, y a plus
qu’à composer
avec. Je me sens bien, j’accélère un
peu, 7’40 au tour puis 7’32. "Bon là
P’tit Gars (c’est ainsi que je m’adresse
à moi-même dans ma tête)
arrête
de déconner, on n’est pas encore à la
moitié, et si tu continues à ce rythme,
tu risques de partir en vrille plus tôt que
prévu". D’ailleurs, les premiers
signes de fléchissement apparaissent chez certains
concurrents. Si tu pouvais
éviter de les imiter.
Je reviens à un rythme moins « suicidaire
» d’environ 7’50 au tour. On verra
dans les 2 dernières heures, s’il en reste encore
sous la pédale pour en
remettre une couche Pour l’instant, il importe de rester sage
et de continuer
à ce rythme.
3 h, mi-course, 23 tours (35,3 km). Ca roule. J’ai une avance
sur l’objectif
minimal de 60km qui me permettra de gérer sereinement la
fin. Il suffit de
conserver cette allure jusqu’à la fin, et
c’est gagné, simple non ?
Oui, mais les cuisses ne sont plus aussi fraîches
qu’au début, c’est un peu
plus tôt que je l’escomptais initialement.
D’autant qu’une douleur se développe
au sommet de la jambe droite juste à
l’intersection entre la jambe et le
bassin. Aurais-je mal négocié les 2
dernières heures en accélérant un peu
trop tôt ? L’avenir le dira. Pour le moment le
rythme reste bon, mais je
dois me concentrer un minimum sur ma course. J’ai besoin de
me fixer des
objectifs à court terme. Le marathon sera le 1er, et je
décompte les tours
à son approche.
3h41 : je termine le 28ème tour, dans lequel j’ai
franchi le marathon. Cap
sur la barrière des 50 km. Plus que 5 tours et j’y
suis.
4h de course : 32 tours. Je suis moins fringuant qu’au
début, les jambes
sont moins amènes mais j’avance bien et suis
toujours combatif. C’est rassurant.
4h02, ça y est, on est au 50 km. Bon ben on ne va pas
s’arrêter en si bon
chemin, en route !
4h30, alors que rien ne laisse présager un imminent
problème, une violente
douleur abdominale surgit dans mes entrailles. Je ralentis et marche
même
une centaine de mètre pour récupérer.
Bon, ça se complique. Je repars en
trottinant et tente de me refaire une santé. Je croise ma
sœur qui me tends
mon bidon de boisson énergétique et lui fait part
de mon soucis « oui, mais
c’est normal » qu’elle me
rétorque, « tu ne bois pas assez ». Soit
chef,
pourtant j’ai l’impression de boire suffisamment :
un petit gobelet d’eau
à chaque tour et 2 gorgées de boisson
énergétique tous les 3 tours.
Arrêt pipi quelques centaines de mètres plus loin,
plus pour récupérer que
par réelle envie, et je constate que les urines sont plus
foncées qu’à
l’accoutumée.
C’est qu’elle a raison la frangine, elle
n’y connaît certainement pas grand
chose en matière d’ultrafond, mais là,
elle marque un point. Du coup, je
prends 2 gobelets d’eau à chaque tour et
… la douleur abdominale s’amenuise,
alléluia.
Je continue à faire le gros dos durant cette phase de moins
bien, je sais
bien qu’il y aura une éclaircie un peu plus tard.
Ainsi sont faites les courses
longues distances, des périodes de moins bien,
d’autres plus euphoriques.
Il en avait été ainsi à Millau, il
n’y a pas de raison pour qu’il n’en soit
pas de même aujourd’hui. Et puis on approche
bientôt des 60 km, je vais atteindre
mon objectif initial bien avant la fin de course.
38ème tour (58,33 km) et oui, ça ne fait pas 60
km, mais à ce moment je suis
persuadé avoir franchi cette marque. Le calcul mental
après 5 heures d’effort
est bien moins précis (oh que oui) et
j’étais persuadé avoir lu le matin
qu’il suffisait de 38 tours pour passer la fameuse marque.
"Mais il te reste
une heure, c’est à dire qu’en continuant
tranquillou à ton rythme du matin,
… tu peux dépasser les 70 ????". Non
c’est pas possible, il y a quelque chose
qui cloche, car même si je reconnais être assez
régulier, pas trop mal gérer
les temps forts et les temps faibles, 70 km est une distance qui me
semble
pas très réaliste. Tout en gambergeant
à tout ceci, je continue mon bonhomme
de chemin. Ce n’est qu’au 40ème que je
réalise que 40*1.5 = 60. Ouais, ben
heureusement qu’on a des calculatrices dans la vie de tous
les jours.
Maintenant, tout ce qui vient est du bonus. Aussi prends-je plus de
temps
aux ravitaillements, je m’accroche certes, mais ne vais pas
puiser dans mes
derniers retranchements pour tenter une perf. "Imagines que tu
établisses
une perf trop haute, comment battras-tu ton record à
l’avenir ? Hein ? Et
puis d’abord, ce n’était pas
l’objectif du jour".
Du coup je continue à mon rythme, ni plus, ni moins.
Plus que 40 minutes, puis 30, puis 20. Avant dernier tour
j’entends. Euh
non, pas d’accord, en 20 minutes, je dois pouvoir en caser 3
quand même.
Et c’est que j’ai raison en plus. 5h55, alors que
j’arrive dans la ligne
droite d’arrivée, des concurrents repartent pour
une ultime chevauchée. «
Vous pouvez vous arrêter ou repartir si vous le voulez
» qu’on nous annonce.
Ma sœur me crie « jusqu’au bout
». "Mais qu’est-ce que tu crois, je suis
venu pour courir 6 heures moi, alors pas question de
m’arrêter à 5 minutes
de la fin". Et puis d’abord, même si je ressens une
fatigue légitime, je
pourrai continuer encore plusieurs tours à ce rythme
s’il y avait besoin.
Cette fois, c’est sûr, c’est le dernier,
c’est le tour d’honneur. Les dernières
foulées sur la piste en tartan qui nous conduit hors du
stade, à l’extérieur
du stade sur le ciment en dévers, devant la piscine, le
dernier virage en
épingle, la rentrée sur le stade avec son petit
secteur pavé, le dernier
tour des terrains de foot, et la dernière ligne droite.
Fin du périple, au bout de
6h05’40’’, et 45 tours couverts. Je
regarde la
feuille de correspondance, 69,075 km. Non ? Tant que ça ? Et
bien si on m’avait
dit ça le matin, j’aurais signé des 2
mains.
Assez content de ma course du coup. Ca me motive pour mon premier 24
heures
dans un mois.
Frédéric Baudry alias La Pluche