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La Sakura-Michi - Bernard Constant |
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Voyage au pays du soleil levant
Spartathlon, fin septembre 2004....
René Heintz me parle d’une course : La Sakura Michi, une course en ligne
de 250km non-stop qui traverse le Japon par sa largeur reliant NAGOYA et KANASAWA,
entre Est et Ouest.
SAKURA-MICHI signifie « course des cerisiers » elle se déroule au printemps
saison où les cerisiers sont en fleurs. Leurs couleurs sont magnifiques, d’un
blanc cassé à un rosé léger, mais le plus beau c’est lorsque le vent détache
les fleurs, celles-ci tombent avec légèreté comme des flocons de neige.
J’avais déjà entendu parler de cette course mais restait pour moi qu’un
rêve car la sélection y est très draconienne en plus l’organisation ne sélectionne
que 2 ou 3 coureurs par pays. Donc mes chances d’y participer un jour sont
très minces.
Mais ça fait rien, je tente ma chance. René me passe une inscription et
de retour en France je la remplie avec soin, y joint tout mes résultats de
grandes courses et renvoi le tout volontairement 10 jours après la date limite
d’inscription car si par chance j’étais retenu il faudrait que ce soit pour
2006 car pour 2005 je me suis programmer la badwater
Dix jours passent et surprise ! Un e-mail du Japon me confirme ma sélection
pour la Sakura Michi 2005 !!! Super je n’en revient pas. Pourquoi m’avoir
retenu alors qu’il y a tant de coureurs d’ultras en France qui aimerai la
faire.
J’accepte l’invitation car ça ne se refuse pas et reporte la badwater pour
2006.
Après le Sparte, je fais une coupure de 3 mois pour récupérer d’une tendinite
récalcitrante. A la mi-janvier je rechausse mes baskets et commence une grosse
préparation pour être en forme au Japon.
Ma préparation est sous forme de pyramide, 2 mois de montée en charge kilométriques
avec un maximum de 230 km hebdomadaire, incluant une séance de fractionnés
courts et longs ou bien une petite course de 10-15 km à la place, histoire
de garder du rythme et un mois à diminuer la charge kilométriques hebdomadaire.
Le tout avec des semaines « lourdes et légères » pour la récup.
J’avoue être un boulimique des kms et j’aime çà !!!!!!
Les mois passent et tout se présente bien.
Enfin le départ pour le Japon.
Nous avons la possibilité d’être accompagné d’une personne à prix très intéressant.
Malheureusement, ma femme ne pourra pas m’accompagner, je fais donc profiter
de ce séjour à mon cousin Philippe, passionné d’Asie. Pas du tout sportif
! Mais nous nous entendons très bien. Il s’improvisera photographe UFO ! Photos
et films.
Je prends contacte avec les autres Français, nous sommes 4 cette année :
Francis Faure, Raymond Brandhonneur, Pierre Voisin et moi-même. Ils viendront
tous accompagner de leurs épouses.
Ce sont tous de grands coureurs ayant déjà participé à de grandes courses.
Samedi 16 avril 16h le jour J est arrivé. Avec Philippe nous nous rendons
à l’aéroport de Toulouse, 1h de vol pour rejoindre la capitale où nous retrouvons
Francis, Raymond et leurs épouses. Le temps d’enregistrer les bagages nous
papotons de courses, bien sûr !! Nous prenons tous place dans un énorme 777
pour un très long voyage de 13h de vol sans escales en direction du pays du
soleil levant. Je suis côté hublot avec une japonaise à mes côtés Hum ! Le
voyage commence bien ! Après le décollage j’essai d’engager la conversation,
pas de bol elle ne parle pas français et encore moins l’anglais. Tout le vol
s’est résumer à regarder des films, manger à toutes les heures (ça occupe)
et aller discuter avec Francis, Raymond et Philippe. Enfin l’atterrissage
à Nagoya et 7 heures de décalage horaires en plus. Nous arrivons donc le dimanche
17 à 13h « heure locale ».
L’aéroport se situe sur une île artificielle. Dès notre descente le dépaysement
est total. Les japonais parlant anglais sont très rares et seulement quelques
infos et panneaux sont bilingues. Malgré cela, les gens sont très serviables.
Nous trouvons un chauffeur de bus qui nous propose de nous emmenés à la gare
de nagoya. Elle se situe à une heure de l’aéroport et se trouve être le centre
économique de la ville.
Nagoya est une ville immense, elle s’étend à perte de vue sur plusieurs
niveaux. Les grands axes routiers passent sur d’immenses constructions au-dessus
de la ville. En dessous se trouve la ville, enchevêtrement d’immeubles, de
maisons et d’entreprises, mais l’activité dans le centre ville se déroule
en sous-sol. Une ville souterraine avec ses rues, ses centaines de commerces
et des accès sur l’extérieur ou sur les immeubles comme un immense réseau
de connexion. La gare de Nagoya est un monumental bâtiment de 4 tours où
arrivent tous les transports en commun, bus, métro, taxis et trains. Nous
prenons ce dernier de Hida-Takayama où notre hôte Mr OGO ( le boss de l’organisation)
nous attend pour nous conduire jusqu’à sa demeure. Enfin après quelques heures
de train et 2 changements plus tard, nous sommes à Hida-Takayama il est 20h45.
La nuit est déjà tombée, en effet au Japon le jour commence vers 5h et la
nuit vers 18h.
Arrivés chez Mr OGO, nous voilà dans une demeure typiquement japonaise,
avec ses coutumes, il faut laisser ses chaussures à l’entrée et enfiler des
chaussons ? Après un repas copieux, nous prenons possession de nos chambres.
Celles-ci sont pourvues de lits en bois sans matelas, surmontés par un futon.
Les habitations sont en bois et ne sont pourvues que d’un poêle pour chauffer
la pièce principale qui est le salon, en cette saison les nuits sont froides
et humides.
En ce premier jour, avec le décalage horaire, nous dormons très peu et nous
sommes réveillés vers 3h du matin. Le petit déjeuner est prévu à 8h30. Il
est très copieux, cuisiné finement et permet de faire la connaissance des
autres coureurs européens. Seulement 16 coureurs non japonais ont été sélectionnés,
4 français, 2 danois, 1 hollandaise, 1 norvégien, 1 grec, 1 estonien, 2 belges
et 1 allemande. Il manque 2 coureurs, 1 coréen et 1 finlandais que nous retrouvons
au départ ? Après le petit déjeuner, notre hôte nous fait part du programme
de la semaine.
Les jours seront rythmées avec petit déjeuner à 8h30, déjeuner vers 12h
et dîner à 18h, ce qui est tôt pour nous occidentaux. Nous aurons 2 jours
de temps libre avec la possibilité d’assister à une fête locale et ancestrale
à Hida-Takayama.
Mercredi est prévu un briefing important sur les modalités de la course.
Jeudi est une journée importante car nous devront préparer les poches avec
leurs effets afin de les remettre aux responsables des différents check point
avant le départ de la course.
Vendredi sera le jour du départ vers Nagoya afin de rejoindre un grand hôtel
qui se trouve non loin du château de la ville, lieu du départ de la course.
Ces quelques jours avant course permettent d’échanger quelques infos entre
nouveaux et anciens participants à l’épreuve et aussi sur nos différents mode
de vie.
Dès le mardi, après un réveil tout aussi matinal et un peu douloureux au
niveau du dos, notre hôte nous présente les derniers arrivants. Comme nous
sommes nombreux, Mr OGO décide de nous diviser les repas. Les femmes seront
ensemble dans un coin repas à l’occidentale avec table et bancs, les hommes
à la japonaise, à même le sol avec une table basse à environ 20cm du sol.
Malgré une météo capricieuse, nous en profitons pour faire un petit footing
de décrassage d’une heure. Je découvre la beauté du paysage, on se croirait
au Canada.
Après avoir assisté à la fête locale et dégusté du Saké, boisson atypique
que l’on aime ou déteste, on est déjà mercredi soir et Mr OGO nous fait un
briefing de la course.
Le départ sera donné au château de Nagoya à 6h le samedi 23 et après le
passage de 2 cols, l’arrivée se fera sur une allée en bordure du parc du
château de KANAZAWA. Les coureurs, au nombre de 78 partiront par groupe de
15 toutes les 3 minutes. Le temps total ne doit pas excéder 36h de course
avec 5 chek point éliminatoires qui seront situés au 107ème, 143ème, 172ème,
212ème et 250ème km. Tous les 5km, différents chek point seront prévus afin
de pouvoir se restaurer. Les chek point sont classés en trois catégories
: les premiers n’ont que des boissons, les seconds boissons et petites collations
et enfin les derniers sont prévus avec tout ce qu’il faut, repas complet,
kiné. Nous pouvons laisser les poches contenant des vêtements ou produits
énergétiques à n’importe quel CP. Côté météo, la course s’annonce difficile,
il est prévu du beau temps mais la nuit sera très fraîche, la veille de la
neige était prévue sur le premier col.
En ce jeudi, veille de départ pour Nagoya, la pression monte. Chacun prépare
ses poches, pour ma part j’en laisserai deux, 1 au 107ème km, juste avant
la nuit et l’autre au 212ème km, je laisserai des vêtements pour être plus
à l’aise et échafaude une tactique de course, mais la grande inconnue sera
la météo.
Vendredi réveil très matinal afin de partir vers Nagoya en minibus, lors
du trajet, Mr OGO nous montre la route qui sera empruntée durant la course.
Nous arrivons enfin à l’hôtel, prenons possession de nos chambres avec vues
sur le château et surtout des couchages très moelleux ? Malgré ce certain
confort, le sommeil est dur à trouver, toutes nos pensées sont tournées vers
demain : la course.
Voilà enfin le jour J. De suite réveillé je consulte la météo car c’est
notre grande inquiétude, ouf !
Par miracle, il devrait faire beau mais très froid et certainement de la
neige en haut des cols.
Après une collation très matinale, vers 4h, les derniers préparatifs en
vue du départ de l’épreuve sont effectués, sans oublier le petit drapeau
UFO que je fixe sur le devant de ma ceinture porte bidon, en espérant qu’il
me porte chance ! A 5h30, nous avons rendez-vous sur la ligne de départ située
à l’intérieur du parc du château de Nagoya, malheureusement, les accompagnateurs
ne sont pas autorisés à s’y rendre et resterons donc à l’entrée du parc.
Nous faisons quelques photos d’avant course. Je fais parti de la 3ème vague
de 15 coureurs, avec moi il y a aussi Pierre Voisin. 6h06 le départ, 1km dans
le parc du château, superbe allée fleurie. A la sortie je retrouve Philippe
qui commence à faire (tintin reporter), le public est venu nombreux malgré
l’heure matinale. Une multitude d’encouragements « gambaté par-ci, gambaté
par-là » (qui veut dire bon courage !), j’ai du l’entendre plus de 1000 fois.
Il faut dire que pour eux cette course est comme pour nous le tour de France
cycliste. Il y a 700 bénévoles pour 78 coureurs. Le froid étant mon point
faible, je part en corsaire et petite polaire respirante. Pour ne pas faire
de boulettes j’ai pris le cardio et surveille mes puls très souvent. Quand
le public est là nous avons tendances à courir trop vite, donc je reste environ
à 135 puls. Je doit être en forme car je me retrouve à 11.5 km/h, cette vitesse
m’inquiète mais après tout, pourquoi pas !
Tous les accompagnateurs des coureurs étrangers suivent la course dans un
mini bus de CP en CP.
Me voilà parti en direction des faubourgs de Nagoya. Nous avons 55 km de
ville, beaucoup de trottoirs quelques passerelles et obligation de s’arrêter
aux feux rouges piétons, sous peine de se faire écrasé par une voiture et
si l’on y échappe c’est la police locale qui vous explique les bonnes manières.
J’arrive au CP 3, 15ème km à 7h35. Tout baigne, je suis dans mon rythme
sans forcer, un verre d’eau au passage et continue ma route.
Me voici au CP 5, 25ème km, je passe dans les 10 premiers mais je trouve
que la course est partie sur un rythme très rapide. Nous- nous suivons tous
les uns derrière les autres. Superbe ravitaillements gastronomiques ! Incroyable,
il y a de tout, je n’ai jamais vu de tels ravitos. Le bus d’accompagnateurs
est là, nous sommes accueillis comme des « héros » pourtant nous sommes qu’au
25ème km. Je ne speed pas et prend le temps de récupérer. Je repart et essai
de me concentrer pour reprendre mon rythme zen avec ma foulée rasante et quelques
minutes plus loin, plus rien n’existe, je suis rentré dans mon monde, que
j’aime. Et ainsi, les kms et les CP défilent.
Me voici au CP 8, 40.6ème km. Le soleil est de sortie, j’enlève la polaire
et corsaire et passe en débardeur et short. Juste pour info, je suis 7ème
avec un japonais, nous avons presque le même rythme mais je me souci pas du
classement car la route est encore très longue. Mes puls sont toujours entre
135 et 140 maxi pour 11,5 km/h, par précaution je vais quand même ralentir.
Je repars et premier souci, après avoir légèrement transpirer et m’être
dévêtu, j’ai très froid un petit vent glacial c’est levé. Mince … je ne suis
pas à l’aise pour courir, j’ai diminué ma vitesse à 11km/h et 135 puls maxi,
de ce côté-là tout va bien ! Arrivé au CP 9, km 45 c’est la kata. J’ai de
grosses douleurs abdominale, j’ai pris froid, il faudra que j’aille plusieurs
fois au p’tit coin. Ca va pas fort,Cela me fait comme au 100 km de st Nazaire.
Plus de jambes et plus de jus. Je me fais remonté par beaucoup de coureurs,
mon moral en prend un coup, Raymond me passe et m’encourage mais le cœur n’y
est pas ! Cela me rappelle trop mon abandon à mon 1er Spartathlon
Et tout à coup j’ai une pensée pour le drapeaux UFO !!! Derrière ce bout
de tissu vieilli, il y a trop de monde, une grande famille ! Je n’ai pas le
droit de baisser les bras. Je me motive et trouve la force de continuer, je
gère au mieux ma petite vitesse qui est descendue à 8-9 km/h. Vu mes soucis
mes objectifs sont de passer les barrières horaires et de terminer cette course.
Ma foulée est moins légère qu’au début mais parvient quand même à garder
le « contact ». Au fur et a mesure que les CP passent je retrouve un peu
de jus. Il est bientôt midi quand j’atteint le CP13
Km 67, c’est un CP hors agglomération où l’on trouve tout ce qu’il faut
pour se refaire une santé et j’en profite. C’est la tournée gastronomique
: fraise, banane, sushi, tofu, riz, yaourt, pâtes japonaise, pomme, soupe,
arachides variées, gâteau, fromage blanc + thé, eau et de multiples petites
bouteilles de fruit et tout le reste que j’oublie, il y a une très bonne
ambiance. Philippe fait quelques photos et m’informe des autres coureurs,
le norvégien a abandonné suite à des problèmes respiratoires, il rejoindra
le bus pour suivre le reste de la course. Raymond est devant moi, Pierre
me rejoint au CP et Francis est derrière, s’est un habitué de la chaleur
de la badwater, ici ce n’est pas le cas.
Je repars après 15mn de pose, je me suis bien remis de mes problèmes gastriques.
Avec une moyenne de 10 km/h, je vais essayé de me préserver en vu de la montagne
et refaire mon avance toute la nuit car s’est mon point fort.
Philippe : A tout les CP, lorsque les coureurs sont repartis, nous sommes
invités à nous restaurer ce qui nous permet de nous rendrent compte que les
produits présentés aux coureurs sont particulièrement bon mais peut-être pas
adaptés à tous. Les écarts entre coureurs se creusant au fil de l’épreuve
ne nous permettent pas de les suivrent aux mieux. Nous partons donc en direction
du CP 21, 106ème km. CP avec la 1ère barrière horaire et se situant au pied
des difficultés, la nuit, le froid, la montagne.
J’essai de faire évader mon esprit pour couper la monotonie des kms, le
paysage est vraiment superbe. Il y a des rizières, des forêts de bambous,
des jardins typiques japonais avec petit cours d’eau et bonzaïs. Les CP défilent
sans m’en apercevoir j’ai repris confiance en moi. Dans tous les villages
la population est très chaleureuse, ils nous applaudissent tous et nous souhaitent
gambaté massaï.
Je rattrape Raymond, il marche ça ne va pas fort pour lui ! Il a un petit
coup de moins bien. Je reste un p’tit peu avec lui, jusqu’au CP et repars.
Nous longeons la route tant tôt à droite tant tôt à gauche. Il me faut garder
à l’esprit que les véhicules roulent à gauche, c’est très stressant, je fais
très attention. Surprise ! Ria l’hollandaise me remonte, échangeons 2 petits
mots, elle est plus rapide que moi, je ne cherche pas à la suivre. Quelques
kms plus loin j’aperçois le CP 21, 107ème km. La ville s’appelle Shiratori,
c’est super nous sommes accueillis par des jeunes de la croix rouge, il y
en a 2 qui m’accompagne en courant à mes côtés. Il y a énormément de monde
dans les rues, cela fait chaud au cœur ! J’arrive au CP à 17h45, cela fait
11h39 que je cours, je suis actuellement 36ème mais le plus important c’est
que je ne suis pas cassé. Je récupère ma poche que j’avais déposée et enfile
un tee-shirt, une polaire respirante plus un coupe vent et un collant long,
ceci devrait me permettre d’affronter la nuit car la température a énormément
chutée, sans oublier la frontale et une paire de gants. La nuit est tombée
et je distingue au loin les sommets enneigés, le cœur des montagnes où je
vais devoir passer la nuit. Je prends quelques minutes pour me ravitailler
comme il faut et repars toujours accompagner par 2 jeunes qui courent avec
moi sur quelques mètres.
Philippe : Les autres coureurs européens sont dans des rythmes très différents.
Certains sont en forme et on déjà repris la course et d’autres sont à la peine,
Raymond récupère doucement et repart, un belge arrive en pleurs avec des
douleurs aux niveaux des genoux, Le grec et la danoise aussi ont des problèmes
physiques mais ils repartent. Il est 20h et il ne reste que 6 minutes avant
l’heure fatidique. Francis n’est toujours pas là. Deux minutes avant la mise
hors course, le voilà sous les applaudissements et les encouragements de
tous. Un moment parmi nous et il repart. La nuit sera longue pour tout le
monde. Nous reprenons le bus et tout en remontant les coureurs que nous apercevons
fugitivement à la lumière des phares. Nous- nous dirigeons vers le CP 34,
172ème km pour la nuit, c’est la 3ème barrière horaire.
Depuis le départ de la course la route monte progressivement mais sûrement
et à partir d’ici nous grimpons au sommet des montagnes, il fait de plus en
plus froid. Je suis en forme, je reprends un rythme de 10km/h. malgré le
dénivelé et commence « la chasse » aux concurrents qui se trouvent devant
moi, c’est ainsi que je me motive. Il fait nuit noire, j’ai la frontale vissée
sur la tête. Au CP certains coureurs et bénévoles se tiennent autour d’un
poêle. Un à un je commence à remonter plusieurs coureurs dont Ria l’hollandaise,
gros soucis pour elle, les mains sur les genoux déleste sont estomac qui n’en
peu plus. Je reste un p’tit peu avec elle en marchant ça me permet de récupérer
car la route monte toujours. Je lui donne 3 doses de glucodose pour re-sucrer
sa glycémie. Arrivé au CP elle va mieux et peut à nouveau s’alimenter. Je
continu ma route, il est 23h18 quand j’arrive au CP 28, 143ème km, la 2ème
barrière horaire. C’est le CP le plus haut de la course, j’ai 2h50 d’avance
mais je ne rigole plus !!! J’ai très très froid, je ne tiens plus ! Je ne
sais plus quoi faire pour me réchauffé. Je tape mes mains et mes bras contre
mon corps mais rien à faire j’ai toujours aussi froid, sur mon collant j’ai
rajouté mon corsaire. Par endroit il y a plus d’un mètre de neige il me tarde
de redescendre dans la vallée, il devrait faire meilleur. Il reste 107km
de course et j’ai 3h d’avance que je dois gérer au mieux. Vers 1h du mat
je trouve Pierre Voisin à un CP, lui aussi à très froid, nous repartons ensemble
mais il a du mal à repartir, je le laisse pour garder mon rythme, pour essayer
de me réchauffer. Enfin la descente. Je reprends un bon 12km/h.
Philippe : Dans le bus il y a des couvertures et le chauffage mais malgré
tout le froid me réveille, il est 3h du matin. Je sors et vais m’abriter sous
une tente où se trouve un chauffage à pétrole. Il fait extrêmement froid,
je claque des dents et demande un café bien chaud. Nous apprenons que 3 européens
ont abandonnés et la mise hors course de Francis Faure à la 2ème barrière
horaire, 143ème km. Certains coureurs sont très marqués physiquement, ils
restent de longues minutes près du chauffage, le regard dans le vide.
Durant la nuit à certains CP il y a un maximum de confort pour les coureurs,
réchauffement à l’aide de serviettes chaudes, boissons fumantes, brasero où
cuisent des légumes et des viandes. Il fait de plus en plus froid car dans
la vallée, les gorges que nous longeons se trouvent plusieurs grands lacs
qui amènent énormément d’humidité dans l’air et commence une grande série
de tunnels plus ou moins longs. Je traverse un village et sur le rebord d’une
fenêtre je vois un thermomètre, par curiosité je vais y jeter un coup d’oeil.Il
fait tout de même un bon -7°
Très humide qui me devient insupportable. Je peste, je ralle, je ne tiens
plus !!! Je commence à marcher ! Le froid me rentre sous la peau et me paralyse
les muscles, je m’endort, je titube, je perd un temps fout ! Mais reste conscient
des barrières horaires .Dans ces cas ça gamberge vite et trouve un ultime
effort pour appliquer la méthode « cyrano » et oui même au japon ça marche
!!!
J’opte pour un petit 30m marche et 100m en courant, se qui m’a permis d’arriver
au CP 34, 172.6km à 4h11. Pétrifié par le froid, je mange de la soupe et café
me réchauffe un maximum, je tremble de partout, s’est terrible d’avoir aussi
froid. Raymond et Pierre arrivent, nous sommes tout les trois. Pierre a des
douleurs aux jambes et demande à se faire masser mais il abandonnera plus
tard dans la matinée. Je repars avec Raymond clopin, clopan.
Philippe : À ce second jour de course l’écart entre les premiers et derniers
européens étant de près de 5h, il est décidé de se rendre à l’arrivée à Kanazawa.
Enfin, petit à petit je me réchauffe, je reprends un 10km/h. Nous passons
une multitude de tunnels pour un total d’une vingtaine de kms puis le jour
se lève. Je découvre le paysage, grande forêt de pins et grand lac avec tout
autour de grandes montagnes enneigées. Au petit matin le soleil apparaît.
Pour moi c’est la naissance d’un autre monde, j’ai l’impression de revivre
!!!
Comme un lézard au soleil. Au CP qui est au pied de la dernière côte, je
dépose tout mes vêtements et reste en débardeur et short. Ultime côte de 7
ou 8 km, très dure. Mi course, mi marche. Ensuite vient le plus long tunnel
de 6km, un enfer se vacarme à l’intérieur avec les véhicules. Puis vient une
descente de 8km que je descendrai d’une traite à 15km/h jusqu’au CP 42, 212ème
km, 4ème barrière horaire que je passe à 10h27. Ca fait 28h21 que je cours
et il me reste 38km. Maintenant il fait très chaud, je me crame la figure
et les mollets mais ça fait rien je supporte très bien. Le paysage à totalement
changer c’est une plaine de succession de rizières et la traversée d’une
petite ville Fukmitsu-chou. Ensuite 2 petites côtes et descente sur Kanazawa.
Je double plusieurs coureurs qui sont dans le sac. Le final dans Kanazawa,
8km de ville très pénible, je n’en voit pas la fin à jongler entre les voitures
et piétons. Enfin on me fait signe, au fond là-bas ! Plus que 500m, un carrefour,
des feux tricolores, un petit bout de cul à grimper et me voilà dans une
grande allée de cerisiers bordant les jardins du château. Il y a pas mal
de public mais ce n’est pas la foule, tout le monde m’applaudit et me félicite.
Ils sont tous là, les accompagnateurs.
Encore quelques foulées et c’est l’arrivée, la délivrance d’une course extraordinaire
de 250km laissant dans ma mémoire des images. Empreintes de joie et de souffrances.
Me voilà touchant le cerisier qui symbolise l’arrivée de cette course avec
un sourire sur mon visage content et fier d’avoir participé et fini la Sakura-
Michi. Il n’y a qu’un seul gagnant mais pour ma part nous avons tous gagné,
nous avons réussi à dépasser les frontières du raisonnable et puiser au fond
de nous même la force de finir.
Je termine 1er français, 4ème européens, 38ème au général sur 78 au départ
et 57 à l’arrivée.
Je remercie fortement mon cousin Philippe qui à bien voulu me suivre pour
cette aventure.
Bernard Constant.
Philippe : Elle est un peu triste cette arrivée. Il n’y a ni banderoles
ni un public digne d’une course comme celle-ci. A chaque fois que des coureurs
arrivent ils doivent toucher un cerisier situé au bord d’un talus. Il est
environ 10h du mat lorsque le 1er européen arrive, c’est un estonien. Il met
28h06 et le vainqueur un japonais en 24h24. L’après course est bien différente
en effet. A l’arrivée pas de kiné, pas de ravitaillement.
Après quelques instants de repos, les coureurs sont pris en charge par un
véhicule militaire assurant l’acheminement vers l’hôtel. Un périple de 20minutes
à travers la ville. Arrivés à l’hôtel une autre surprise nous attend, le rituel
des chaussures, mais malheureusement les coureurs n’ont pas de chaussettes
car ils arrivent sans avoir pu se changer. Heureusement j’ai ma valise, j’en
profite pour donner à Bernard une de mes paires.
Nous gagnons les étages et là, récupérons sa valise.
Il n’y a pas de chambres individuelles mais une grande salle avec des matelas
à même le sol.
Nous sommes trop fatigués, cela fera l’affaire.
Le lendemain, départ vers Shirakawa pour la cérémonie de la plantation du
cerisier et la remise des prix, le trophée en bois en cerisier où est gravé
le certificat de participation et le temps du coureur ayant fini l’épreuve.
Les vainqueurs (homme et femme) ont droit à une couronne en fleurs de cerisier.
En guise d’au revoir un repas nous est offert avec musique traditionnelle.
Voilà, après plusieurs jours passés au japon il est temps de rentrer, avec
plein de souvenirs et d’images en tête.
Heureux d’avoir assisté à une course unique.
Philippe Aubard.
EXCUSEZ MOI POUR LA LONGUEUR DU RECIT MAIS IL EST A LA DIMENSION DE LA COURSE
!!!!!!!!!!!!!
"courir c'est bien, courir encore plus c'est mieux, courir trop c'est parfait
"
Bernard Constant
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