|
Le Grand Raid de la Réunion 2007 - Récit de Joël Delmas |
|
151km
d+/- 9200m… et quelques tonnes de boue sur les sentiers.
En
2000 j’avais fait 523ème en 32h41, en 2001,
317ème en 30h12, en 2002, 276ème
en 30h39 et en 2006, j’ai bâché à 30 bornes de l’arrivée pour cause de
tendinite aiguë d’un releveur, alors que j’étais sur des bases de 32h
et à la
178ème position.
2007
s’annonçait donc un peu comme une revanche, avec le désir mélangé de
bien faire
sans me faire mal. Aller au bout restant la priorité.
Une
saison bien chargée volontairement, et quelques grosses sorties dans
les 3
derniers mois me permettent d’envisager sereinement cette édition 2007
qui
s’annonce particulièrement dure. Je n’ai aucun bobo, pas de début de
tendinite
à l’horizon. Juste un peu de fatigue à cause d’une grippe 3 semaines
avant et
les 3 dernières nuits avant la course qui ont été un peu courtes. Il y
a du
monde au magasin, et en plus de mon stress, je prends en pleine poire
celui de
mes clients qui arrivent à la dernière minute pour peaufiner leur
équipement.
Line qui va faire son premier grand raid est aussi un peu sur les
nerfs… Elle
se plaint du dos, doute de finir, dit qu’elle n’est pas prête.
Jeudi
18. Je ferme la boutique vers midi et je rentre à la case. Un peu de
riz
chauffé, et au lit.
Je somnole vaguement aux côtés de Line, et nous décidons de nous lever
vers
17h. Le départ est à minuit, et on a de la route à faire.
Je
vais chauffer un café. Line m’appelle : son dos est bloqué.
Lumbago L
.
Merde !
On
appelle notre ostéo, y’a urgence. Il peut la voir à 18h30. ça tombe
bien, il
est à St Paul, là où des amis doivent passer nous prendre.
Je
prépare nos bagages et nous descendons à St Paul. L’ostéo manipule
prudemment
Line et nous allons attendre notre taxi au bord de la baie de St Paul.
Line
souffre. Je l’allonge sur un banc et lui dit de souffler, de se
détendre. La
manipulation faite, il reste toujours les inflammations du lumbago.
En
voiture vers le sud. Ça papote grand raid, et deux heures après nous
arrivons à
St Philippe.
Line a du mal à sortir de la voiture. Je lui conseille de rester
allongée
pendant l’heure qu’il nous reste avant le départ.
Elle arrive à ½ heure avant sur le stade. Elle a l’air d’aller mieux.
Je suis
très inquiet quand même.
Tous ces mois d’entraînement, toute cette préparation. Elle tient à
prendre le
départ, et avisera si ça se passe mal. Bravo ma Poupette, tu es très
courageuseJ.
On
remplie nos poches à eau et nous allons rejoindre la foule des raiders
qui
piaffent d’impatience. J’aimerai me poster plus vers l’avant, mais nous
sommes
arrivés tard et Line n’ose pas trop faire le forcing. On se retrouve
donc en
plein milieu de la foule.
10,
9, 8, 7 les premiers n’attendent pas et les fauves sont lâchés. On se
retrouve
emportés par la masse, broyés, comprimés. J’ai peur pour Line qui doit
lutter
des coudes et des épaules du haut de ses 1,55m…
On sort enfin du stade et on commence à trottiner sur la route
nationale.
« ça va ma doudou ? Ton
dos ? »
« C’est bon, mais c’est de la folie ce
départ ! »
Je
cours tranquillement à ses côtés pendant 2 kilomètres, et puis je
décide de
partir à mon rythme. Un bisou, quelques recommandations, et c’est parti.
Je
suis arrivé maintenant au début de la route forestière. Une dizaine de
km de
montée régulière jusqu’à 600m d’altitude. J’applique la
« méthode
Cyrano » : 15’ de footing / 1’ de marche. Je double
en permanence.
Bonnes sensations, mais je suis très vite trempé comme une soupe. Il
fait chaud
cette nuit.
Au début du sentier, je prends le temps de refaire le plein, à l’écart
de la
foule, calmement. J’entame cette portion avec prudence. Il nous faut
monter
jusqu’au volcan, à plus de 2000m, en file indienne dans une ravine,
sans
possibilité de doubler ou presque. L’an dernier, j’avais laissé
beaucoup de jus
en essayant de dépasser coût que coûte. Prudence.
On
sort enfin de la forêt, et le froid me picote le bout du nez. Je fais
une pause
vestimentaire.
J’enfile le bonnet, les gants et mon coupe vent. Un copain qui est en
poste au
volcan m’appelle et m’annonce 3° là-haut.
Petit
à petit, le jour se lève. C’est magique. D’abord un trait rougeoyant à
l’horizon sur une mer de nuage, puis une belle lumière qui vient
inonder le
site du volcan et réchauffer nos carcasses. C’est marrant, les coureurs
se
mettent à parler, imitant les oiseaux qui pépient autour de nous. Le
jour se
lève sur une grosse journée pour tout le monde. Je jette un coup d’oeil
en
contrebas. J’ai une pensée émue pour ma Poupette. Elle doit serrer les
dents.
Allez ma Doudou ! ça va le faire J
Un
gars est enroulé dans sa couverture de survie, livide.
« ça va ? »
« je me suis cassé la jambe, j’attends les secours… »
« ok, bon courage »
Dommage. Faut dire que ça glisse pas mal dans le coin, un vrai marécage
par
endroits.
Foc-Foc :
ravito, km 23 et 2300m d’altitude. Une
bonne chose de faite ! Nous sommes à présent au bord de
l’enclos du
volcan. C’est magique ! C’est pour moi la plus belle partie du
raid. Je
ravitaille, resserre mes chaussures, sors mon coupe vent et repars vers
la
route du volcan, prochain ravito, plus complet, où m’attend mon
assistance.
J’ai
un début d’ampoule au pied gauche. Chaussure mal serrée depuis le
début. On
verra ça plus tard. Je trottine, je relance doucement, je marche dans
les
petites bosses, je gère.
Route du
volcan, km 31. 6h23’. Ça fait une
bonne demi
heure de plus que l’an dernier. C’est bien, c’est ce que je voulais. Ne
pas
trop bombarder sur cette première montée. Ce sera long pour arriver à
St
Denis ! Michel qui tient le poste informatique m’annonce 697ème.
Je
retrouve notre poste d’assistance « A2R ». Maud
m’aide à ravitailler.
Je retrouve là Le Doc et Steph. C’est super ça ! Nous sommes
en équipe
tous les trois, et je trouve ça super de se retrouver là ensemble.
Steph repart
le premier et je lui emboîte le pas quelques minutes plus tard. Le Doc
gère ses
pieds. Je file.
La
plaine des sables est toujours aussi belle et je savoure ces quelques
kilomètres de plat relatif. Il y en aura peu jusqu’à l’arrivée.
Je gravis l’oratoire Ste Thérèse sans difficulté, au train. Enfin un
peu de
descente. Ça fait du bien à mes gambettes. Je trottine gentiment
jusqu’au
prochain ravito.
Piton Textor.
Km 40.
Je retrouve là aussi une assistance. Hélène et son mari qui me passent
mes
affaires. Je décide de me pauser un peu, et de soigner mon début
d’ampoule.
Steph repart quand j’arrive. Je sors mon collant, mes manchettes. Je
mets une
double peau sur mon début d’ampoule, je savoure un bon café tout en
refaisant
le plein de boisson et de gels. ½ heure d’arrêt. J’essaie de joindre
Line, mais
je tombe sur sa messagerie. Pas de réseau… Je repars avec Le Doc. Je le
suis un
moment, puis le double et file vers Mare à boue.
Mare à boue.
Km50. 700ème. Il est 9h30.
Steph
ravitaille. Je repars avec lui, alors que Le Doc décide de se pauser un
peu. Je
sors mes bâtons. Ils vont être très utiles dans l’interminable montée
du coteau
Kerveghen.
D’habitude, le coin est toujours un peu gras. Là, après 4 jours de
pluie, c’est
Verdun !
J’ai
beau adopter un rythme de croisière, je sens que je pêche un peu. Steph
part
devant, je le rattrape quand ça bouchonne, mais il repart mieux. Je
gère…
Cette portion va m’user les piles. J’arrive enfin au ravito.
Kerveghen. Km
59. 12h04.533ème.
Je
ravitaille très vite car il fait froid, et j’ai hâte d’en finir avec
cette
montée. Il nous reste encore à gravir le sentier pourri qui nous mènera
au
point culminant de la course, au gîte du piton des neiges, à 2484m. Là,
je suis
carrément scotché. Pas de jus. Je me traîne.
Il
me faudra pratiquement 1h pour faire ces 2,5km. Galère.
J’arrive
enfin au sommet. Je range mes bâtons pour la descente. Je préfère avoir
les
mains libres pour dévaler les 1100m de dénivelé négatifs qui
s’annoncent.
Je connais bien cette descente. Technique sur son premier tiers, elle
est très
roulante après.
Bon,
d’accord, d’habitude, c’est plutôt praticable, mais là, c’est gluant
jusqu’en
bas L
Je descends en souplesse. Je mettrai à peu près une heure pour arriver
à la
route.
Je bois un verre de coca, et je file sur Cilaos en alterne marche et
course
pour décontracter les muscles.
Cilaos. Km 69.
14h30. Je pointe 513ème.
Je
retrouve notre assistance. Steph est là. Il va se poser un peu. Il y a
aussi
Seb qui dort sur une couverture. Il n’a pas pu s’alimenter correctement
depuis
le début. Ses parents veillent sur lui. Je prends une assiette de pâtes
et un
peu de jambon au ravitoet je file me changer. Une bonne douche, un
petit somme
de 10’. Je change de chaussures aussi. J’enfile mes Hardrock de
Montrail.
Spécial Mafate J
Je
repars après 1h07 de pause. Je traverse Cilaos et me dirige vers le
sentier des
porteurs. Et c’est parti pour la descente vers bras Rouge. Au début du
sentier,
un contrôle volant me permet de constater que je suis toujours dans les
500.
C’est cool ça.
Je rattrape le Doc qui a fait lui aussi une bonne pause à Cilaos. Il
m’apprend
que Seb est reparti et que Steph ne devrait pas tarder. Décidément,
notre
équipe est soudée.
Au fond de Bras Rouge, je ressors les bâtons et attaque la remontée
vers le
pied du Taïbit avec le Doc. Il décroche très vite. Passage à vide. Je
me traîne
encore en montée. Décidément, je n’ai pas trop de jus aujourd’hui.
Pied du taïbit.
Km 76. 17h16. 481ème.
Devant
moi, une des grosses difficultés de la course : le col du
Taïbit. D+ 800m.
Je bois un thé, mange une banane et je repars au moment où Steph
arrive. Il me
rattrapera. Il m’annonce que le Doc est en vrac et galère dans la
montée…
Je monte tranquille en poussant sur mes bâtons. Comme prévu, Steph me
passe. Il
est facile. Vas-y mon gars, tant que ça roule, avance ! Je
double malgré
tout quelques raiders et arrive enfin en haut du col. La nuit tombe à
cet
instant. Je me couvre et je bascule dans Mafate.
Mafate, mon terrain de jeu, mon cirque adoré. Le sourire revient.
Dans la descente, je double une bonne trentaine de gars. C’est un peu
technique, et il fait nuit.
Moi j’aime bien J
Marla. Km 82.
19h24. 425ème.
Steph
a attaqué un bol de soupe. Je m’en enfile un aussi, agrémenté d’un ou
deux
petits bouts de poulet grillé, assis au milieu de têtes un peu
fatiguées. Steph
repart.
« à tout à l’heure ! »
Descente technique jusqu’au lit de la rivière des galets. Il fait bon,
je me
sens bien. Je suis chez moi là. Bon, d’accord, je me plante en
traversant une
fois de trop la rivière, mais je reviens vite sur le tracé.
Trois roches. Petit ravito. Je repars avec
steph. Il nous
reste trois bosses à passer avant d’arriver à Roche Plate où nous
attendent Flo
et J.Louis, nos ravitailleurs de chocs. Il y aura aussi d’autres amis
qui vont
nous bichonner.
Décidément, Steph a la pêche et me distance de 5 minutes.
Roche Plate.
Km90. 21h54. 363ème.
Là,
c’est le grand jeu. On a droit à du boudin et des saucisses
grillés ! Flo
et J.Louis s’occupent de mon sac, changent mes pilent, tout en
surveillant la
cuisson des grillades.
Je me tape même un petit coup de rouge. P…n ! ça fait du
bien J Merci
les gars !
J’ai
eu des nouvelles de Ma Poupette régulièrement, jusqu’à ce que son gsm
rende
l’âme. Plus de batteries. Mais elle avance, à son rythme. C’est bien,
elle
tient le coup. J Elle va bientôt repartir de Cilaos.
Je
file à la douche et me tape un petit somme de 10’. Steph en fait de
même et
nous repartons après 1h15 d’arrêt. Je me sens bien, mais Steph a
sommeil.
Nous descendons vers « fond Mafate », par
le fameux Bronchard.
Faut rester vigilant. Les à pics sont vertigineux. On double pas mal de
monde
là-dedans. Nous voilà à nouveau au fond de la rivière des galets. Après
un peu
d’équilibre sur les galets humides et une échelle à flan de rocher, on
attaque
la fastidieuse remontée vers La Nouvelle. Là, faut pas se déconcentrer.
Le sentier est étroit, à pic, en surplomb. J’ai toujours du mal avec la
montée,
mais Steph reste derrière et me fait la causette, histoire de ne pas
s’endormir.
La Nouvelle.
Km97. samedi 1h24. 358ème.
Tiens,
on a gagné 5 places en s’arrêtant une heure au dernier ravito… Les
raiders sont
raides J La deuxième nuit va commencer son travail de sape.
Il fait à peu près 2 ou 3° ici, ça caille un max ! Une soupe,
deux soupes,
un café.
« on y va Steph ? »
« ….sommeil » marmonne-t-il.
« Allez, si tu cales là dans le froid, tu vas pas repartir de
sitôt. »
« humf…. »
C’est
reparti. Tiens, il y a là aussi Cédric, une connaissance du forum. Il
repart
avant nous.
A peine reparti, je décide de mettre un collant. Steph qui a peur de
s’endormir
debout continue. Je peine à relancer. Il « file ».
Je m’arrache péniblement dans la montée vers la plaine des
tamarins. J’y
arrive enfin. Là le sentier traverse un plateau à la végétation
fantomatique.
Je crois voir des coureurs, ce sont des troncs d’arbres… Et puis je
m’endors.
Oui oui, là debout, en marchant. Pouf ! Extinction des feux.
Je manque me
casser la gueule et pose in extremis mon cul sur un galet.
Ben mon gars, là, t’es pas clair. Je m’enfile deux guarana, je grignote
un peu
de pâte d’amande, et je repars, prudemment. Merde alors !
c’est pas le
moment de dormir là.
A quelques centaines de mètres un grand feu illumine le sous-bois.
Quelques
bénévoles de la Croix rouge se réchauffent au coin du feu et avec un
bon
Charrette. Steph est affalé de tout son long.
« je cale un peu là, j’ai trop sommeil »
Je m’allonge à côté du feu. C’est mouillé par terre, les bénévoles
braillent
comme des putois.
Pas envie de ça. Je dégage.
« steph, j’y vais, tu me rattrapera, comme d’hab »
Je
me motive. Plus que quelques mètres d’ascension jusqu’au col de fourche
avant
de basculer dans le cirque de Salazie et embrayer sur 1600m de D- dans
Mafate,
via le sentier scout.
En
haut du col le temps est superbe, le ciel étoilé, je n’ai plus sommeil.
Un gars
est en papillote dans sa couverture de survie…
« ça va ? »
« mouais, petite pause, je suis cuit » J
Je
bascule de l’autre côté. Oups, prudence, c’est gras par là, et je ne
suis plus
très frais. Mais je rattrape quelques zombies. A la route forestière,
petit
bivouac sympa. J’y retrouve un fournisseur qui tient le poste. Je bois
vite
fait un bon thé chaud et je repars.
Col de bœufs /
sentier Scout. Km105. 4h18. 309ème.
La
descente m’a ravigotée, mon classement aussi.
Tiens !? Bérénice, la sœur de Yan au poste de ravito.
« Yan a arrêté, mal au genou »
« merde ! »
« j’attends Le Doc, alors autant me rendre utile »
Elle m’aide à ravitailler et je repars.
Je croise aussi Cédric.
« ça va ? »
« ça va, ça va »
Il repart tranquillement.
Un dernier petit bout de pain, et je file.
Je
me sens bien. Je connais bien le terrain. Ça descend et j’aime ça. Je
sens en
moi un semblant de pêche qui revient. Il serait temps ! Le
randonneur du
début de course a laissé (enfin !) la place au compétiteur.
Ça va chier !
Le jour se lève doucement pendant que je déboule dans le sentier scout.
Je
rattrape Cédric, apparemment pas trop à l’aise dans les descentes.
Aurère. Km 113.
6h40. 283ème. Yes !
Après
une petite remontée bien casse-pattes, j’arrive avec joie au ravito.
Je me sens bien. L’an dernier, c’est là que ma tendinite m’avait obligé
à
l’arrêt définitif.
Encore
une assistance A2R. Je déleste mon sac d’une deuxième lampe inutile, de
ma
veste de pluie (il fait beau), et de deux ou trois conneries qui pèsent
pour
rien dans mon sac. 10’ minutes d’arrêt, et c’est reparti. Steph et
Cédric
arrivent ensemble.
Je fais remarquer à Steph que l’on peut encore passer sous les 40h de
course.
Allez, on y croit ! je file.
Ce nouveau let-motiv en tête, je dépose encore pas de mal de raiders
dans la
descente vers Deux Bras.
Deux-bras.
Km123. 7h54. 252ème.
J’arrive
là remonté comme une pendule. Le timing de ce que je dois y faire est
minuté.
Je me change, remplie ma poche à eau, mange une orange et une banane,
et c’est
reparti.
23’ d’arrêt.
Une petite traversée de rivière un peu délicate, et j’attaque la
terrible
remontée vers dos d’âne (d+ 800m). Je me tape un ou deux gels, histoire
de pas
me faire un hypo et j’essaie de monter régulièrement, sans à-coups.
Passé la
première partie jusqu’à l’échelle et les mains courantes, je me
retrouve à
l’ombre. Le sentier est agréable. Une légère brise me caresse le visage.
Je me déconnecte de la course. Je savoure. J’écoute les oiseaux,
j’admire les
feuillus. Je souffle. Ti lamp ti lamp comme on dit ici, j’arrive à
l’église de
Dos D’âne en 1h30.
Comité d’accueil A2R J ça fait du bien. « allez
Joël !! »
C’est Flore, la copine de Steph et René. Ce dernier m’accompagne
jusqu’au stade
où se trouve le ravito. Il fait une chaleur à crever, et après deux
nuits
blanches, j’accuse le coup.
Dos d’âne.
Stade. Km 130. 10h24. 246ème.
J’ai
du monde pour m’aider, c’est sympa. René, Hélène et son mari. Ils me
félicitent, me donnent des bonnes nouvelles de ma Poupette. Je suis
hyper
crevé, mais content. Je sais que je vais finir, et que Line aussi,
beaucoup
plus tard, mais elle finira, je le sais. J
Je me restaure à l’ombre d’une tente. Je remarque une raideuse, Muriel
Denis
que je connais comme cliente, et aussi pour ses bonnes places sur les
courses
de montagne. Je ne la savais pas adepte du GRR. C’est son sixième
m’apprend-elle …
On repart ensemble.
La remontée vers « roche verre bouteille » est un
vrai calvaire en
cette fin de matinée très ensoleillée. Un chemin de croix. Je marche à
2 à
l’heure. Muriel papote et me raconte sa course. Mais comment peut-elle
encore
parler ?!
On en finit enfin avec ce raidillon, et nous voilà sur la crête. Une
dernière
bifurcation sur la gauche : en route vers St Denis !
On papote, mais
on reste dans le tempo. Bon, d’accord, en montant « piton
bazard »,
plus personne ne parle : mais c’est le dernier escalier vers
la
délivrance ! Quelques raiders nous remontent.
« dis donc, on va pas se faire reprendre les places durement
gagnées quand
même ! »
« t’as raison, allez, en footing jusqu’à l’arrivée »
C’est
vrai que je n’ai plus besoin de la hargne du compétiteur pour avancer.
Je sais
que là, je suis pratiquement arrivé. Je savoure.
Colorado.
Km145. 13h43. 233ème.
J’aime
bien Colorado. C’est le dernier ravito, c’est l’arrivée moins une heure.
Muriel aussi a tendance a jouer relâche. Je la booste un peu pour finir
en
trottinant.
Ça
y est , on voit le stade, on entend les commentaires du speaker.
On passe sous le pont, une dernière ligne droite sur la route qui mène
au
stade. Comme c’est bon. J’ai les larmes aux yeux. Les spectateurs nous
félicitent, nous encouragent.
J’aperçois ma sœur et mon beauf, on rentre enfin sur le stade. Plus que
deux
cent mètres.
Domi, Soul et Taz sont là et me félicitent. Je laisse passer Muriel
devant, et
on franchit la ligne.
La Redoute.
Km150. 14h49, 38h49 de course. 233ème. (14ème V2 / 167)
Je
remercie Muriel pour son agréable compagnie, j’embrasse ma sœur, les
copains.
Ça y est, c’est fini. Mais quelle aventure, quelle course !
Je pense tout de suite à Line qui doit encore être quelque part dans
Mafate.
Courage, courage !
Steph
arrivera 50’ plus tard et Le Doc dans la soirée, à l’arrache.
Notre équipe est allée au bout, ça c’est top !
Cédric
finira aussi dans la soirée.
Un
grand coup de chapeau à Line qui finit en 55h et trois nuits sans
dormir sur
les sentiers défoncés de La Réunion.
Bravo
Ma Poupette. Belle leçon de courage.
Récit de Joël
Delmas
| D'autres récits de course | Haut de page |