Les 100km de Belvès - Bernard

Après de longues semaines de préparation ( 10 environ ) j’approche du jour.
 Les trois derniers jours sont très surveillés ( attention à ce que je mange, tout préparer et ce  n’est pas rien)
Je me documente, lis et relis des expériences d’autres coureurs avec le petit truc qui permet de tenir le coup.
Je surveille mes mollets qui m’ont tant causé de soucis, toujours un peu douloureux.
Le doute commence à s’installer, vais j'avoir des crampes, des douleurs qui m’empêcheraient d’aller au bout, mon cœur ne va t il pas s’emballer comme il y a huit jours ?
Enfin voilà la veille de la course avec ma femme Béatrice nous nous préparons, les affaires, le vélo, les médicaments.
Pour les douleurs au mollets, pour les cuisses, pour les ampoules tout y est
Le collant, le survêtement, la casquette, la montre, le cardiofréquencemètre…tout y est.
On prend la route à 14 heures, Denis nous rejoindra demain en fin de matinée vers Dome c’est à dire vers 40 kilomètres.
Il nous téléphonera pour nous retrouver précisément.
On arrive enfin à Belvès à l’hôtel qui est à 20 mètres de la ligne du départ, c’est super.
On prend notre chambre 208 au deuxième étage, elle est correcte mais pas de lumière.
On pose nos affaires et on redescend chercher à la mairie mon dossard de coureur et celui de Béatrice qui m’accompagne, j’espère que le temps sera beau surtout pour elle qui m’accompagne.
Je cherche désespérément des têtes connues mais rien.
Après avoir récupéré nos dossards 309 nous revenons à l’hôtel le temps est frais
Le matin j’avais téléphoné de Toulouse pour réserver deux repas pour ce soir car il y a deux ans on avait pris la pasta de l’organisation et les pâtes étaient trop cuites et l’attente très longue.
A 19heures 15 nous passons à table au menu à 10€ 50 on a eu du poisson froid mayonnaise très bon, du poulet avec beaucoup de pâtes pour moi et beef  frites pour Béatrice dessert une très bonne tarte aux pommes maison.
Le volume de pâtes a été un peu long à avaler mais à ma surprise je les ai bien ingurgitées.
Un petit tour dans Belvès vide pour digérer et dodo après un peu de télé, entre temps la lumière avait été remise.
J’essaye de dormir mais impossible deux, quatre cachets légers rien n’y fait puis un cachet plus fort et on dort.
6 heures du matin le réveil sonne un bond, vite habillé et on va déjeuner sous la tante de l’organisation.
Café, jus d’orange, croissants, pain frais avec beurre pour tous les deux puis retour à l’hôtel.
Déjà presque 7heures,je prends un peu de riz au lait, Béatrice se prépare car à 7heures20 c’est le départ des vélos des accompagnateurs elle se couvre car il fait assez frais puis c’est l’heure de prendre le vélo pour aller à l’avant à 10 kilomètres du départ pour éviter la bousculade car on est un peu plus de 500 coureurs ayant chacun au moins un vélo accompagnant. On quitte l’hôtel, je reste en survêtement et je garde une bouteille d’eau. Béatrice s’en va vers l’avant.
Pendant ce temps là je bois mon demi-litre d’eau et je cherche vainement des têtes connues.
Quelques minutes avant le départ j’aperçois Loulou et Brigitte que je connais du boulot je vais à leur rencontre et on discute de nos inquiétudes avant le départ ( bien dormi, en forme prévisions du chrono, pas pour moi car mon but est de terminer uniquement )
Tout le monde se range derrière la banderole du départ et tout d’un coup survient le coup de canon et c’est parti.
 
 

J’avais pris avec inquiétude le cardio et on commence à faire le tour de ville doucement on repasse à nouveau sur la ligne de départ et puis on descend du village de Belvès qui est situé sur une corniche où il faudra remonter si j’arrive au bout je n’ose l’imaginer.
On attaque une longue ligne droite et plate, je surveille mon cardio 125/130 pulsations je ne dois pas dépasser ce niveau le plus longtemps possible.
Il fait très frais mais ça va, car le ciel s’est dégagé et il devrait faire beau.
J’ai pris mon rythme tranquille ce n'est pas très facile de rester tranquille à 130 pulsations mais je suis décidé à courir doucement pour arriver aux 50 kilomètres le mieux possible comme je l’ai lu ça et là.
Aux 10km je récupère Béatrice et son vélo ça me rassure car elle a toute l’intendance alimentaire et vestimentaire et puis ça me rassure qu’elle soit à côté de moi
Avant de retrouver Béatrice j’ai doublé deux chariots roulants avec deux grands-mères assises dessus poussées par deux personnes: Infirmières sans doute ? ? C'est très prenant car moi je suis en bonne santé.
Passent les 15-20 kilomètres tout doucement, le beau temps s’installe et il fait meilleur, le paysage est magnifique, les châteaux se succèdent et la Dordogne coule sur ma droite, un peu basse.
La route tourne dans les méandres de la rivière sous les roches des montagnes environnantes
25ème kilomètre, première petite côte mais sans problème, coup de téléphone sur le portable de Béatrice c’est Denis.
Il est arrivé dans le coin et s’est garé au prochain ravitaillement au 30ème kilomètre et il vient à notre rencontre à vélo.
J’ai enlevé mon survêtement haut et bas car il fait très bon.
Denis fait des photos car avec son appareil numérique on les aura de suite et il fera un petit montage.
On rejoint une route nationale qui monte vers Sarlat;
En sens inverse arrive la voiture de tête suivie du premier concurrent qui a l’air facile mais ça descend, puis un peu plus loin le second nous croise, on tourne à droite
Comme prévu on attaque les côtes un peu plus sérieuses que je connaissais bien pour avoir fait le parcours deux ans avant quant j’avais terminé les 50kilomètres à Sarlat en 6 heures 9 minutes..
Tout d’un coup en pleine côte Béatrice s’arrête et peste contre le vélo la selle s’est mise a tourner
Denis va voir et je lui dis de la resserrer car elle a du se desserrer…non elle s’est cassée en deux et la partie haute tourne, elle peut s‘asseoir mais tourne dans tous les sens j’y mets du scotch autour pour essayer de la solidariser. Denis s’énerve un peu et passe son vélo à Béatrice pour monter la côte et arriver au ravitaillement proche ; moi j’ai monté la côte en marchant et guette Denis pour voir la suite.
Enfin il arrive en rogne, on regarde la selle le scotch tient un peu mais la selle tourne quand même mais il faudra faire avec.
Béatrice reprend son vélo et on attaque tous les trois la longue montée vers Sarlat sur un piétonnier magnifique, ombragé alors que le soleil commence à taper mais pas trop chaud quand même.
L’allée est très belle avec des petits ponts qui l’enjambent. Il y a quelques concurrents notamment une petite chinoise avec son sac à dos toute seule qu’on va retrouver pendant
beaucoup de kilomètres puis on arrive à Sarlat enfin
J’ai eu quelques piqûres dans le mollet qui me rappellent à la prudence, sinon tout va bien.
On arrive sur un espace vert, à droite c’est l’arrivée des 50 kilomètres, à gauche direction les 100 kilomètres

C’est un grand moment, il y a un ravitaillement, on boit un coup puis il y a une tente avec des massages
Je regarde s’il y a du monde pas trop je vais essayer de me faire masser ça me relaxera un peu.
Je m’allonge sur une table, deux filles charmantes commencent à me masser les mollets doucement puis vient un mec qui se met à me masser fortement les cuisses, presque à crier, mais je n’ose pas lui dire.
En fait, je ne sais pas s’il m’a fait du bien ? ? ?  Puis, je repars en oubliant de manger un peu, ce que je m’apercevrais un peu plus tard.
Et on repart vers le retour sur Belvès, je suis déjà très heureux d’être là dans cet état  très correct
Puis tout d’un coup vers le 55ème kilomètre, un mal au ventre, pas très bien, un coup de fringale ? ?
J’appelle Denis qui me passe une barre de céréales et un peu d’eau, je ralentis
La route est vallonnée puis peu à peu je reprends mon rythme, l’alerte est passée et je me rappelle n’avoir pas mangé au 50ème, peut être est ce la cause de ce mauvais passage
On continue tous les trois, Béatrice suit avec sa selle tournante et on redescend vers le 60ème là où Denis avait mis la voiture Béatrice alors récupère la voiture et va de ravitaillements en ravitaillements
Denis et moi continuons, on passe un pont sur la Dordogne on tourne à gauche et bizarrement on croise des concurrents dans l’autre sens on doit faire une boucle de 3 ou 4 kilomètres   au milieu de laquelle il y avait un ravitaillement il fait un peu chaud mais ça me va très bien, je bois un coup, mange et m’assieds quelques secondes.
A côté de moi deux concurrents souffrent du genou et parlent d’abandonner, de rentrer avec la navette.
Pour le moment moi ça va encore, je me masse de temps en temps les mollets qui me tirent et le dessus des cuisses
Je termine la boucle, on repasse devant le pont de tout à l’heure et je prends la direction des Milandes célèbre pour son château mais pour moi par sa côte annoncée qui est en principe la dernière avant la ligne d’arrivée.
Le paysage est toujours aussi beau et on arrive à un ravitaillement avant la côte et pas de Béatrice.
Je bois, mange un peu sur les conseils de Denis puis il téléphone à Béatrice qui est finalement plus loin au bord de la route ; on attaque la côte, je cours un peu au début puis je marche car elle est un peu raide.
On traverse un faux plat croisant plein de voitures des 33,75 ? ? Avec des hommes costumés on n’a rien compris avec Denis, puis un panneau ‘descente dangereuse’ et je l’attaque prudemment c est vrai ça descend à pic.
Je marche donc même dans la descente car ça fait mal aux genoux, heureusement elle est courte.
On poursuit ensuite notre route au bord de laquelle on retrouve Béatrice.
On s’arrête quelques instants puis on repart  sur un chemin de terre. Béatrice nous double et nous envoie plein de poussière, on rattrape des groupes, on longe à nouveau la Dordogne on passe sous un pont puis on arrive à un ravitaillement dans une grange.
L’accueil est sympa il y a même un bonhomme déguisé en femme avec une poitrine en plastique.
On est au 80ème kilomètre et je me dis que maintenant c’est gagné, que quoi qu’il arrive j’irais au bout car même en marchant c’était faisable, je bois donc, mange très peu quelques morceaux de bananes et on repart.
 

Les jambes commencent à être  plus raides, on retrouve une route à St Cyprien, on nous fait faire également un tour du village un arrêt ravitaillement sous une halle, je bois vite fait du badoit menthe et mange un bout de banane.
Une fille arrive soutenue par un homme, titubante, le visage blanc de crème contre le soleil mais très pâle et mal en point.
Je reprends mon allure, c’est difficile de repartir et je dis à Denis que je m’arrêterais le moins possible.
On est au 85ème kilomètre, plus que quinze ; Béatrice a décidé de ramener la voiture à Sarlat et de venir à notre rencontre à vélo.
Je retrouve mon rythme 9km/heure environ, mais les kilomètres sont de plus en plus longs.
Sans arrêt je demande à Denis combien il reste 13,12 on arrive à 10 kilomètres du but, mes jambes commencent à se raidir Béatrice ne nous a pas encore rejoint et je demande à Denis de lui téléphoner, elle nous attend au ravitaillement des 90 kilomètres.
En effet on arrive sur une place et on la voit tranquillement assise sur une murette.
Je commence à en avoir un peu marre, mais je suis sûr d’y arriver en marchant.
Je mange des bananes je bois un badoit menthe et je repars mais très vite je marche, je n’arrive plus à courir.
Alors sans m’affoler, je prends une marche  régulière et soutenue. Le soleil tombe, je me fais doubler par ceux que j’avais doublé auparavant mais peu importe j’arriverais bientôt et dans un temps inespéré au départ.
La route est longue et ça devient pénible pour Denis et Béatrice à vélo, il fait de plus en plus frais.
Denis aurait bien voulu rentrer le soir même, il est environ 21heures.
On arrive à 5 kilomètres du but, ma gorge commence à se nouer ; j'y suis, enfin presque mais c’est sur j’y arriverai.
Un dernier ravitaillement, je me rhabille: pantalon survêt, haut survêt et même kway
Je me fais servir de l’eau puis j’aperçois un litre de Ricard, chiche un Ricard léger, je ne risque plus rien.
Je me siffle le Ricard et je repars dans la pénombre vers la ligne d’arrivée en marchant.
On arrive au bas de la côte, fanfare, lumière et du monde tout d’un coup
Je ne sais ce qui ma pris, je me suis mis à attaquer la côte en courant, il reste 2 kilomètres
Je cours de plus en plus vite, je n’y comprends rien ni Béatrice, ni Denis qui ont du mal à me suivre.
Denis parlant au téléphone à Nathalie je crois et moi qui sprinte vers l’arrivée comme un fou.
Ca y est on franchit la ligne tous les trois ensemble et on pleure de joie dans les bras les uns des autres.
J’y suis arrivé, c‘est merveilleux, jamais je n’oublierais ce moment là ; Denis fait des photos Béatrice aussi
Puis on s’en fait faire une par quelqu’un tous les trois ensemble c’est super !!!
Quelques instants après on va boire une soupe chaude. Béatrice adore ça. Moi je ne bois que le jus, Denis n’a rien pris, on est heureux, on récupère au stand une photo prise au 25ème kilomètre, on raccompagne Denis à la voiture car il veut rentrer cette nuit sur Toulouse il s’en va, merci à lui.
Béatrice et moi rentrons à pied à l’hôtel et là je ressens alors la fatigue et surtout la douleur de mes jambes.
Je monte péniblement les marches de l’hôtel au deuxième je tombe sur le lit, mort.
Je n’ai pas pu beaucoup dormir malgré un cachet tant mes jambes me faisaient mal.
Mais on était tous les deux très heureux de cette journée
 

Le lendemain on repartis sur Toulouse fatigués mais pleins de souvenirs et une certaine fierté de l’avoir fait
100 kilomètres en 13 heures 27 minutes, c’est inespéré et dans un très relatif bon état.
Aujourd’hui je suis fier de dire que j’ai réussi à tenir la distance quelque en soit le temps
Je suis également très content d’avoir pu partager cette joie avec Béatrice et Denis qui m’ont beaucoup apporté moralement 

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